Prévention Automobile : L’éthylotest a t-il un intérêt pour les assureurs ?

Obligatoire dans chaque véhicule depuis hier, l’éthylotest va-t-il vraiment avoir un impact sur l’accidentologie liée à l’alcool ? Pour les assureurs, est-ce un moyen supplémentaire de faire baisser le nombre d’accidents corporels graves ?

Très impliqués dans la prévention auto, les principaux assureurs de la place se sont évidemment positionnés sur le sujet, distribuant par exemple des éthylotests en grand nombre du côté de l’association Axa Prévention ou de Gema Prévention ou bien en relayant des informations utiles pour l’association Assureurs Prévention.

« En tant qu’assureurs, nous pensons que c’est une bonne chose dans la mesure où cela permet à chacun, au moment de prendre son véhicule, de se poser la question de son état », explique Claude Rouy, directeur Prévention du groupe Macif. « Cela oblige chacun d’entre nous à se positionner face à sa propre sécurité et à sa responsabilité, et de s’interroger sur sa capacité à conduire », poursuit-il. « Quand on commence à parler de sécurité routière de façon intelligente, c’est à dire se positionner face à tel ou tel risque, on a plus de résultats que si l’on met en place des interdictions », conclut ce dernier.

L’accidentologie toujours présente

Au-delà de la responsabilisation des conducteurs, se pose la question des accidents corporels graves. Depuis 2006, l’alcool est la première cause de mortalité sur les routes et les accidents impliquant des victimes coûtent cher aux compagnies d’assurances qui se chargent des indemnisations. La mise en place des éthylotests va-t-elle changer la donne pour les assureurs ?

« Malheureusement l’accidentologie sera toujours présente et si elle baisse un peu grâce aux éthylotests, ce n’est pas là-dessus que l’on va gagner de l’argent, mais plutôt des vies », déclare un assureur sous couvert d’anonymat. « Donc non, ce n’est pas une condition de ressource pour les assureurs ».

« Nous ne savons pas si cette mesure entraînera une baisse automatique ou mathématique du nombre d’accidents liés à l’alcool », déclare Nathalie Irisson, secrétaire générale de Gema Prévention. « Evidement nous serons attentifs s’il y a des diminutions significatives, même si depuis quelques années on semble avoir atteint un plafond », poursuit cette dernière.

Sensibiliser les conducteurs… pour l’image

Si les compagnies d’assurance ne semblent pas voir dans les éthylotests une mesure révolutionnaire pour faire baisser l’accidentologie, c’est en terme d’image qu’elles y gagnent le plus. Chaque nouvelle mesure gouvernementale au sujet de la sécurité routière est l’occasion de rappeler aux assurés que les compagnies s’en inquiètent, même si depuis 1994 elles se sont engagées à consacrer, chaque année, 0,5 % des cotisations de l’assurance obligatoire automobile à des actions de prévention routière. Les mutuelles du Gema ont par exemple dépensé près de 17M d’euros dans la sensibilisation aux risques routiers en 2010, des budgets prévention importants et des opération de communication qui servent sans doute à faire oublier les augmentations de tarifs qui sévissent depuis 2 ans.

Une amende de 11 euros attend désormais chaque automobiliste qui ne serait pas équipé d’un éthylotest à bord de son véhicule. Avec un prix d’achat qui oscille entre 1 et 3 euros pour les éthylotests chimiques et 100 euros pour les appareils électroniques, cette nouvelle mesure entraine déjà un risque de pénurie.


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