Automobile : Les assureurs vont-ils tuer les carrossiers ?

Selon la Fédération nationale de l’artisanat automobile (FNAA), les garages agréés par les assureurs pourraient, à terme, mettre en péril le business des carrossiers.

En cas d’accident de voiture, de plus en plus de compagnies d’assurance orientent leurs clients vers ce que l’on appelle des “garages agrées” ou “garages conventionnés”. Si ces garages proposent des tarifs de réparation avantageux –  car négociés avec les assureurs qui indemnisent – ils disposent en retour d’une quantité assurée de véhicules à réparer.

Cette pratique est aujourd’hui montrée du doigt par la Fédération nationale de l’artisanat automobile, qui dénonce le contrôle des assureurs dans la “distribution” des véhicules à réparer, en privilégiant notamment les réparateurs agréés. Une pratique qui pénaliserait la filière réparation-collision constituée d’experts et de carrossiers automobiles. “80% de la réparation des collisions est aujourd’hui indemnisée par les compagnies d’assurance en France”, explique Aliou Sow, secrétaire général de la FNAA interrogé par News Assurances.

“Il y a un volume d’interventions important et les assureurs flèchent ces opérations vers les garages agréés avec deux conséquences négatives”, poursuit-il. “D’un côté, les garages qui ne sont pas agréés constatent un détournement de clientèle, car les assureurs font le forcing pour diriger leurs clients vers des professionnels conventionnés. De l’autre côté, les garages agréés dénoncent une perte de rentabilité, car le prix des interventions sont sans cesse tirés vers le bas par les compagnies d’assurance et ils sont parfois obligé de travailler à perte”.

Des assurés victimes

La FNAA dénonce aussi la pression mise par les compagnies sur leurs assurés. “Les automobilistes sont des victimes”, poursuit M. Sow. “Les assureurs menacent leurs clients si ces derniers choisissent de ne pas faire réparer leurs véhicules auprès de garages conventionnés. Ils refusent de faire l’avance des frais directement auprès des carrossiers”.

Un projet de loi est d’ailleurs actuellement en débat au Parlement afin d’informer et de mieux encadrer le libre choix du réparateur par l’assuré. Déposé en 2011, le texte pourrait être adopté à la fin du mois d’octobre.

Une branche en péril ?

Selon Aliou Sow, la position dominante des assureurs leur permet d’avoir “un contrôle qui pourrait à terme mettre en partie la branche réparation-collision en péril. Sur l’ensemble des entreprises qui font de la carrosserie en France (environ 14.500 enseignes), les assureurs ont déclaré vouloir s’appuyer sur seulement 6.000 d’entre elles : si rien n’est fait, 8.000 entreprises vont devoir abandonner cette activité”, précise ce dernier.

“En ce qui concerne les réparations automobiles, il y a des regroupements de mutuelles comme Sferen ( qui regroupe Maif, Macif , Matmut) qui appliquent les seules conventions de la Macif, qui sont les plus dures. Il y a un durcissement des conditions de travail avec les compagnies d’assurance”, poursuit le secrétaire général de la FNAA. De son côté, Axa a récemment acquis 30% du capital de Nobilas, une plateforme de gestion de sinistres, comme l’avait révélé nos confrères d’Après Vente Auto“Les 1.900 carrossiers agréés et  les « garages services » de l’assureur vont devoir appliquer les conventions de Nobilas qui sont très difficiles”, conclut inquiet Aliou Sow.

Au final, la fédération a demandé le déclenchement d’une enquête de la DGCCRF sur les pratiques des assureurs et des plateformes de gestion de sinistres et sur leur impact sur les carrossiers et les cabinets d’expertise.


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