Santé : Le gouvernement se saisit du nouveau scandale de santé publique posé par le Médiator

Le gouvernement s’est saisi mardi du dossier Mediator, un médicament pour diabétiques en surpoids, interdit depuis fin 2009, qui aurait fait “au moins” 500 morts en plus de 30 ans.

Commercialisé en France par le laboratoire Servier de 1975 jusqu’en novembre 2009, le Mediator (benfluorex) a été pris au total par 5 millions de patients, dont près de 3 millions pendant plus de 3 mois.

Selon Jean Marimbert, directeur général de l’agence des produits de santé (Afssaps), qui a été reçu au ministère en fin de matinée, l’estimation du nombre de décès liés à ce médicament est “d’au moins 500 morts”.

Le ministre de la Santé Xavier Bertrand et la secrétaire d’Etat à la Santé, Nora Berra, devaient tenir mardi en milieu de journée, au lendemain de leur arrivée au ministère, une conférence de presse sur le sujet.

Le laboratoire Servier a de son côté dénoncé mardi des “hypothèses fondées sur des extrapolations”. Selon lui, “dans la population générale, la fréquence des atteintes valvulaires cardiaques est de 2,5%” et “la prévalence de valvulopathies augmente avec l’âge et la présence de diabète”. Pour le laboratoire, “la simple constatation d’une valvulopathie chez un diabétique ne permet donc pas d’imputer celle-ci à un traitement médicamenteux qui reste une cause très rare toutes classes thérapeutiques confondues”.

La Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam) va essayer de joindre par courrier “tous les patients ayant eu plus de trois mois de traitement”, a expliqué M. Marimbert à la presse. “On leur recommandera d’aller voir leur médecin traitant, et si le médecin repère qu’ils ont un souffle cardiaque, il les enverra vers une consultation de cardiologie”, a-t-il ajouté.

M. Marimbert a estimé que “plusieurs dizaines de milliers de patients” étaient concernés. Selon lui, les risques de valvulopathie (dysfonctionnement des valves cardiaques) imputables au Mediator étaient plus importants “dans les deux premières années du traitement et dans les deux années qui suivent l’arrêt du traitement”, soit pour les patients traités à partir de 2006. “On ne touchera pas tout le monde” avec l’envoi des courriers, a-t-il cependant admis, rappelant que les bases de données nominatives des caisses primaires d’assurance maladie ne sont pas conservées au delà de 24 mois.

Irène Frachon, médecin à l’hôpital de Brest, qui a mené un long combat pour dénoncer les effets du Mediator, a exprimé mardi son “grand soulagement” de voir reconnaître officiellement ce “désastre sanitaire”. “Les autorités sanitaires ont tardé à retirer le médicament malgré de nombreuses alertes” sur le fait qu’il pouvait porter atteinte aux valves du coeur, a déclaré à l’AFP le Dr Frachon. “Elles ont aussi tardé à analyser les conséquences de la vente de ce produit pendant 33 ans”, a ajouté ce médecin qui a publié en juin un livre intitulé “Mediator 150 mg” (éditions dialogues.fr). “Il y a eu un silence impressionnant des autorités de santé jusqu’à aujourd’hui”, a estimé le Dr Frachon.

Elle a estimé qu’il ne fallait pas pour autant “paniquer”. “Les ennuis sérieux concernent 0,5 personne sur 1.000”, a-t-elle tenu à souligner. Pour Mme Frachon, cette reconnaissance du problème par les autorités de santé devrait faciliter les démarches judiciaires des victimes.

A ce jour, quelques dossiers sont déjà devant la justice selon l’avocat des victimes, Charles Joseph-Oudin, qui a parlé de “scandale de santé publique”.

Paris, 16 novembre 2010 (AFP)


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