Assurance intempéries : 12% des dommages indemnisés aux Philippines contre 50% à 80% en Europe

Face à des intempéries de plus en plus coûteuses, le manque d’assurance creusent les inégalités entre les régions du monde.

Tous ne sont pas égaux devant un cyclone ou une inondation. Au contraire, dans le monde, les inégalités sont croissantes entre assurance et exposition aux risques climatiques. Le réassureur Swiss Re estime à 140 milliards de dollars (101 milliards d’euros) les dégâts économiques dus aux catastrophes naturelles dans le monde en 2013. 45 milliards de dollars de ces biens étaient couverts par les assureurs (36 milliards d’euros).

Mais, lorsqu’on regarde de près, on comprend que ces 45 milliards d’euros couvraient évidement surtout les sinistrés habitant en Europe, aux États-Unis ou au Canada.

La plus grosse catastrophe de l’année fut, en novembre, le cyclone Haiyan aux Philippines. Il coûta 1,5 milliard de dollars aux assurances (1 milliard d’euros), c’est autant que les frais d’assurance liés à la tempête Christian qui a balayé le nord de l’Europe un mois plus tôt.

Le déficit de protection en assurance

Sauf que le cyclone occasionna 12,5 milliards de dégâts (9milliards d’euros) contre… 2,8 milliards pour la tempête hivernale (2 milliards d’euros) Christian. Soit un rapport de 12% de dommages indemnisés aux Philippines contre 53% en Europe. Ce taux de couverture des dégâts atteint même 80% pour les tempêtes de grêles survenues en France et en Allemagne en juillet.

A ces chiffres un peu froids, il faut aussi prendre en compte les 7,500 disparus et plus de 4 millions de personnes restés sans-abri après le cyclone Haiyan. En Inde, les inondations du mois de juin ont entraîné une catastrophe humanitaire dans l’Etat d’Uttarakhand causant 6.000 morts, soit le plus grave sinistre après Haiyan, sans que la catastrophe n’apparaisse dans le top 10 dressé par le réassureur pour l’année 2013.

Dommages assurés et dommages non assurés, dus aux catastrophes naturelles  (Swiss Re)

dommages assurés swiss re

“Le déficit de protection, c’est-à-dire la différence entre les dommages totaux et les dommages assurés, s’est progressivement creusé au cours des 40 dernières années. Parallèlement au développement économique, à l’augmentation de la population et à l’urbanisation, les événements catastrophiques continuent à générer des dommages totaux orientés à la hausse“, souligne Swiss Re dans son étude.

En Inde, le cyclone Phailin a ainsi détruit pour 4,5 milliards de dollars les biens économiques, “dont une infime partie seulement est couverte par l’assurance“, précise Kurt Karl, économiste en chef de Swiss Re.

Alors que la croissance et l’urbanisation explosent en Asie, l’assurance et les mesures de prévention ne suivent pas. Cela pourrait s’aggraver avec le changement climatique. “Si rien n’est fait pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, ces événements deviendront probablement un facteur de plus en plus important de la tendance actuelle à la hausse des dommages totaux“, juge le réassureur.

Rien qu’en Europe, selon une autre étude de la revue Nature Climate Change, le coût économiques des inondations pourrait s’envoler d’ici à 2050, multiplié par plus de 5 par rapport à aujourd’hui. En France, la fédération des assureurs (FFSA) pronostique un doublement du coût de l’assurance et de l’indemnisation des intempéries d’ici à 2030.


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