Intempéries : Reportage dans le Narbonnais sous les eaux

Le sud de la France a une fois de plus été touché par les intempéries. Cette fois-ci ce sont les Pyrénées-Orientales et le Languedoc-Roussillon qui ont été particulièrement affectés. Reportage de notre envoyée spéciale dans une région qui ressemble à tant d’autres frappées par les intempéries de cet automne 2014.

Les arbres plient sous l’effet du vent, les voitures circulent mal, les routes bouchonnent. Lundi matin, Narbonne portait encore les stigmates des intempéries du week-end. Les villes et villages de la côte étaient inaccessibles. Les conducteurs téméraires qui essayent de s’aventurer sur le bord de mer butent contre des panneaux “Route barrée“. L’accès à la mer est sous les eaux. La plaine généralement ocre et verte est devenue argentée, le paysage n’est plus lisse, mais plein de vaguelettes, au lieu d’être bordées de vignes, les routes longent de l’eau.

Avec les pluies qu’il y a eu, ça bouchonne de partout !”, indique un taxi narbonnais à l’accent chantant. Sous le pont, les portes de l’autoroute A9 sont submergées. Un peu plus loin, sur la route de Sigean, la départementale 6009, les vignes qui la bordent brillent noyées par les eaux de la crue.

A 13 kilomètres de Narbonne, les Peyriacois, ne peuvent plus jouer à la pétanque, l’étang lèche le boulodrome et les jeux d’enfants. Le ponton qui, normalement, permet de traverser l’étang à pied n’est plus visible, il est entièrement submergé.

Narbonne est aussi appelée la région des quatre vents. Là-bas, les arbres poussent tordus par l’effet du marin, de la tramontane ou du vent d’autan. Lundi après-midi c’est vent du nord, le vent qui repousse la mer. Il souffle avec violence et, soumises à sa pression, les voitures zigzaguent, tandis que les débris laissés par les inondations continuent leur course.

Des comportements dangereux

La route reliant le village Peyriac-de-Mer à Bages est entièrement coupée, l’étang a pris un droit supplémentaire, et est passé par-dessus. Une voiture tente de passer, elle tente à plusieurs reprise de se frayer un chemin, avant d’abandonner. Plus tard, le capitaine Sizorn, du centre de secours de Narbonne, nous indiquera que ce sont ces  comportements qui font la plupart de leurs interventions.

Les gens sont pressés, ils connaissent les routes et, même si elles sont barrées et qu’il y a des panneaux de signalisation, ils vont tenter de passer. C’est quand ils se retrouvent coincés qu’ils nous appellent”, fait remarquer le pompier. “Par leur inconscience, ils se mettent en danger et nous mettent en danger. Nous avons été confrontés à des situations très difficiles, même pour un homme entrainé”, révèle-t-il.

Les pompiers ont effectué plusieurs interventions au cours du week-end pour venir en aide aux naufragés. “Les zones les plus touchées ont été la côte Fleury d’Aude, Narbonne plage et les plaines Sigean, Cuxac, Portel-les-Corbières” fait savoir le capitaine. “Nous n’avons pas eu de pertes humaines, ni de blessés”, se félicite-t-il.

1 mètre 40 d’eau dans les habitations

À Portel-des-Corbières, le discours est moins positif, surtout dans le bas du village et sur les quais de la Berre. Les habitants dépités sortaient les meubles et l’électroménager touchés par l’eau. “On a eu jusqu’à 1 mètre 40 d’eau, c’était impressionnant”, confie Laurent. Sa voisine a dû être évacuée, encore traumatisée, elle refuse de témoigner. À l’entrée des maisons : cuisinières, micro-ondes, frigidaires, meubles s’entassent pêle-mêle. “Le problème c’est surtout la boue qui est entrée dans la maison. Il faut tout nettoyer, mais surtout tout garder jusqu’au passage des experts jeudi.” Laurent est artisan, il a perdu de l‘électroménager, mais aussi de l’outillage, “mon atelier était au rez-de-chaussée, je vais devoir tout remplacer.”

Plus bas sur la route de l’Horte, ce sont des jardins et remises agricoles qui ont été rasés par la crue. Le jardin de Gilles Francès ressemble à un champ de bataille. Le viticulteur semble un peu perdu face à l’ampleur des dégâts, des murs se sont écroulés, une maisonnette en béton des années 60 s’est effondrée. Des palettes en bois, barres de fer, bidons et divers détritus jonchent le sol. “On dirait que les leçons de 1999 n’ont pas été retenues”, lâche-t-il dans un soupir. “Une partie de mes vignes a été submergée par la crue, je dois avoir environ 10 % de mes cultures qui sont affectées. Heureusement, pour moi, ce ne sera qu’un gros nettoyage, mais pour d’autres viticulteurs, c’est 50 % de leurs terres qui ont été touchées.”

L’auteure du cataclysme, c’est la Berre, un cours d’eau qui traverse l’Aude. L’été ce n’est qu’un filet d’eau, les enfants vont y patauger et pêcher le gardon. L’hiver, le rivière coule tranquillement. Mais aujourd’hui, c’est un vrai torrent qui a avalé des murs, emporté des voitures, défoncé des façades. Deux jours après, des voitures sont encore dans le lit de la rivière, celles qui s’étaient retrouvées perchées dans les arbres ont été descendues, lundi matin.

Moins grave que les évènements de 1999

Avec Sigean, Portel-des-Corbières est le village des Corbières le plus affecté par les inondations. Le directeur de la Réserve Africaine de Sigean crie au scandale après avoir perdu plusieurs bêtes, dont deux crocodiles. Mais les experts tendent à relativiser. “Certes il y a eu beaucoup d’eau, mais il y a beaucoup moins de sinistres qu’en 1999. À cette époque j’avais eu 260 dossiers, aujourd’hui j’en ai une vingtaine. À mon avis, les travaux effectués après les inondations de 1999 ont dû payer”, indique un agent général narbonnais. Il poursuit : “En faisant un tour d’horizon rapide, les agents généraux indépendants du coin doivent avoir une vingtaine de dossiers par cabinet. La plupart des sinistres sont agricoles, mais il est vrai que les villages des Corbières ont été particulièrement affectés.”

Les experts d’assurance devraient intervenir dès mercredi, voir jeudi indique Frédéric Fernandez qui porte la triple casquette de sinistrés, d’élu municipal et de président de la caisse locale de Sigean-Corbières-Méditerranée. “Nous avons lancé les sinistres ce matin (lundi 1er décembre) et d’ici 48 heures on aura la visite des gens compétents, des experts et pouvoir commencer à intervenir sur le village, les habitations abimées, parce que sur la commune une trentaine d’habitations ont été affectées.” Par ailleurs en tant que vigneron, sur 3 hectares 40 de vigne, il a, selon ses dires, 2 hectares 80 qui ont été touchés par les inondations. Il relativise néanmoins et relève qu’”elles ont juste besoin d’un léger nettoyage, ce n’est rien de bien méchant.”

A Toulouse, Jean Nicolau prévisionniste à Météo-France indique que “ce ne sont pas des évènements anormaux pour cette période de l’année, ce qui n’est pas normal en revanche c’est la fréquence et la récurrence de ces évènements.”

Le ministère de l’Intérieur a demandé lundi soir le classement en catastrophe naturelle les épisodes du dernier week-end de novembre. Si l’arrêté est effectivement publié, ce sera une bonne nouvelle pour les assurés qui rencontreront moins de difficultés à se faire indemniser par les assureurs.

Marie-Caroline Carrère, à Narbonne


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