Tempête Xynthia: la carte des « zones noires » dévoilée aux sinistrés

Les propriétaires sinistrés par la tempête Xynthia ont commencé à découvrir jeudi dans les larmes, la colère ou la résignation, le tracé des « zones noires » et le destin réservé à leur résidence.

« Je suis dégoûtée, c’est lamentable, il me reste deux ans à payer ma maison, pour moi c’est fini », explose une propriétaire pendant la première réunion d’information des sinistrés organisée à l’Aiguillon-sur-mer. Dans cette petite station balnéaire familiale du littoral vendéen, 241 habitations, dont 25 résidences principales doivent être rasées. Au total, près de 1.400 parcelles seront rendues à l’état naturel en Charente-Maritime et en Vendée, selon les chiffres données mercredi après le conseil des ministres.

A la Rochelle, le préfet de Charente-Maritime, Henri Masse a tenu à préciser que les « zones noires » qui présentent « un danger de mort avéré » n’étaient « pas négociables ». « Les gens doivent quitter leurs maisons », a-t-il dit alors que le secrétaire d’Etat aux Transports et président du conseil général de Charente Maritime Dominique Bussereau avait laissé entendre dans la matinée que « rien n’est encore figé » pour quelques communes charentaises.

La cartographie établie après le passage de la tempête à partir d’un « faisceau de critères » et d’expertises approfondies pourra conduire à « un choc, un nouveau traumatisme », comme l’a dit jeudi le préfet de Charente-Maritime. Jeudi matin, à l’Aiguillon-sur-mer, certains ont sangloté de soulagement en découvrant la carte, d’autres « savaient que c’était plié » et s’étaient résignés par avance.

Cette décision « est pire que ce qui s’est passé le 28 février » mais « il faut qu’on parte pour sauver nos vies et celles de nos enfants », lance une habitante de la commune. « On va se battre, on ne va pas se laisser faire comme ça », assure Mireille Nourisson. Sa résidence secondaire a été construite il y a une soixantaine d’années sans permis de construire route de la Pointe, près du marais poitevin. Le 28 février, la maison a été envahie par 25 cm d’eau.

« Je sais bien qu’il y a des personnes pour qui ça va être un arrachement épouvantable », a reconnu le préfet de Vendée, Jean-Jacques Brot devant les quelque 600 habitants rassemblés dans la salle omnisport. Un homme et une femme ont fait un malaise avant le début de la présentation. « Oui quelques uns d’entre vous ne pourront continuer à habiter où ils habitent actuellement, c’est cruel, c’est un arrachement », reconnait le préfet. Mais « cette cartographie n’a qu’un seul but, protéger la vie ».

Le maire Maurice Milcent, « préfère employer le mot déplacement » plutôt que de parler de démolition « Dans nos sociétés actuelles on ne pardonnera à personne de perdre la mémoire », souligne-t-il. Pour les indemnisations, les autorités assurent que « priorité serait donnée à une démarche amiable », à travers une offre d’acquisition des maisons vouées à la destruction « au prix du marché avant la tempête », comme l’a dit le préfet de Charente-maritime jeudi. Les services des domaines procèdent à la liste de ces maisons » qui seront acquises par l’Etat « au prix du marché avant la catastrophe », en cas de désaccord, une autre procédure contentieuse d’expropriation sera mise en place, selon la même source.

L’Aguillon-sur-mer (Vendée), 8 avril 2010 (AFP)


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