Tempête Xynthia : les sinistrés des « zones noires » attendent plus de l’Etat et des assurances

« Nous allons nous défendre becs et ongles », promet Thierry Demaegdt. A Charron, où 150 maisons devraient être rasées après la tempête Xynthia, cet habitant de la « zone noire » est décidé à y reconstruire, à condition d’être « indemnisé correctement ».

M. Demaegdt, 58 ans, actuellement sans activité professionnelle, a créé l’association « Reconstruire Charron » pour défendre les sinistrés de cette commune de 2.210 habitants avant Xynthia, « moins de 1.700 » depuis, où deux enfants et leur grand-mère ont péri le 28 février. « Ma maison est totalement pourrie, il faut la détruire totalement », explique cet homme originaire de Normandie installé à Charron avec son épouse depuis 2003. Il tape du pied dans les cloisons qui s’effritent, piétine les traînées de boue laissées par les flots, désigne les portes fenêtres éventrées. « On a failli mourir », dit-il, « on était arrimé en pleine mer ».

Sur un terrain de 6.000 m2, il avait rénové son habitation principale de plain pied sur 180 m2 et construit deux logements locatifs de 65 m2. Devant la terre plane à perte de vue, au bout la mer. « Je suis triplement sinistré », dit-il à l’AFP, « nous sommes dans la zone noire c’est-à-dire non réhabilitable », souligne-t-il, « ces logements vont être pris en charge par l’Etat et nous allons être indemnisés pour pouvoir reconstruire ailleurs ». Cinq semaines après le « cataclysme », sa principale préoccupation, « comme l’ensemble des sinistrés » est désormais de « savoir à quelle hauteur nous allons être indemnisés ».

« Il faut absolument que nous soyons indemnisés correctement », lance-t-il. L’Etat a promis d’acquérir les maisons des zones noires au prix du marché avant la tempête mais « est-ce que l’évaluation du service des domaines sera faite à la véritable valeur du marché? On n’en sait rien ». Pour le savoir, il a fait évaluer ses biens par son notaire. « C’est tout à fait fiable et non contestable », dit-il, « c’est le point de départ de toutes les indemnisations », estime M. Demaegdt, qui ne souhaite pas dévoiler l’estimation. Mais il évalue à 1.250 euros en moyenne la valeur du m2 avant la tempête.

Il faudra aussi que les assurances fassent « leur métier » et indemnisent les sinistrés « à hauteur correcte » en complément du versement de l’Etat. M. Demaegdt a d’ores-et-déjà sollicité la chambre des notaires et des experts judiciaires pour la centaine de membres de l’association pour « engager des procédures judiciaires au cas où cela se passerait mal avec les assurances et les services de l’Etat ». Selon lui, « les sinistrés sont dans une extrême tension » avant une réunion d’informations jeudi soir avec le préfet. « Il faut être bien indemnisé et que ça ne traîne pas », renchérit M. Demaegdt, « conquis par l’aspect rural et maritime » de Charron, où il a décidé de reconstruire ses trois logements.

A partir du moment où « les terrains reconstructibles seront définis », « nous nous emploierons à faire accélérer les choses pour que tous les sinistrés qui le souhaitent puissent reconstruire ». Pour les autres, il appelle à la vigilance. « Si vous refusez de quitter la zone noire et que l’Etat engage un bras de fer, il va y avoir procédure d’expropriation, la valeur deviendra nulle et les indemnisations reportées aux calendes grecques », dit-il. Et « si on juge que les zones noires ne sont pas justifiées, évidemment nous entamerons une procédure avec nos avocats », promet-il, déplorant d’avoir été « mis de côté » de la procédure de consultation des pouvoirs publics.

Charron (Charente-Maritime), 8 avril 2010 (AFP)


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