Tempêtes / Mexique : Quelles indemnisations pour les vacanciers évacués?

La quasi-totalité du Mexique a été dévastée la semaine dernière par les cyclones Manuel et Ingrid. 70.000 touristes internationaux ont du écourter leur séjour et être évacués. Point sur les indemnisations auxquelles ils peuvent prétendre.

Une tempête équatoriale d’une rare intensité vient de balayer le Mexique. Acapulco, station balnéaire réputée, est restée sous les flots pendant une semaine durant. Une vague d’inondations, engendrée par les pluies incessantes, a empêché 40.000 touristes d’être évacués, dont 15.000 sont restés piégés dans leurs hôtels “Nous sommes assaillis par les données contradictoires sur notre date de départ, entre l’ambassade, Internet et les informations locales. Nous n’avons aucune nouvelle des autorités, qui sont bien trop dépassées par les événements pour s’occuper de touristes coincés dans un hôtel, et ne courant pas de danger immédiat” a confié, vendredi dans 20min, Michaël, un étudiant français en échange scolaire à Mexico.

Depuis le 20 septembre, l’axe autoroutier reliant Acapulco à Mexico a été partiellement rouvert. 265 cars gratuits ont été mis en place en urgence pour acheminer 9.993 vacanciers bloqués vers les aéroports. 27.000 touristes avaient été évacués par avion les jours précédents. “L’avantage est que nous avons eu très peu de retours vers la France dans la mesure où nous ne sommes pas en haute saison touristique et que ce n’est pas un endroit encore trop fréquenté par les Français. Il n’y avait pas des centaines et des centaines de nos ressortissants la-bas” explique Jean-Marc Rozé, Secrétaire Général du SNAV, Syndicat national des agences de voyage.

La gravité du cyclone Manuel et de ses tempêtes tient au fait qu’ils ont simultanément frappé le Mexique sur ses côtes Pacifique et Atlantique. “Le nombre de morts provoqués par le phénomène météorologique est passé de 99 à 101” a déclaré le ministre de l’Intérieur Miguel Ángel Osorio Chong lors d’une conférence de presse à Acapulco vendredi soir, ajoutant que le bilan pourrait encore s’alourdir. Pour l’heure, les autorités ont comptabilisé 200.000 sinistrés et 50.000 déplacés.

Quelles indemnisations pour les vacanciers au séjour écourté ?

Il est délicat, dans ce cas d’évènements climatiques, d’appliquer une règle standard en matière d’indemnisation et de compensation. Évidemment, les vacanciers évacués ont été contraints de tirer une croix sur une partie du séjour qu’ils avaient payé intégralement. Mais l’agence de voyage ou l’hôtel d’accueil peuvent-ils être vraiment considérés responsables d’un préjudice indépendant de leur volonté ?

Indemnisation ou pas, cela va être traité “au cas par cas” selon Jean-Marc Rozé, Secrétaire Général du SNAV (Syndicat national des agences de voyage) “la loi est précise, le client doit se tourner vers le professionnel qui lui a vendu le séjour et rechercher avec lui les différentes possibilités”. Plusieurs critères rentrent donc en compte: la teneur du voyage (billet d’avion, transports simples, séjour avec hôtel, circuit…), la situation d’extrême urgence dans laquelle se sont retrouvés les vacanciers sur place, et de la souscription éventuelle d’une assurance voyage.

Dans le premier cas, “s’il s’agit d’un billet d’avion, l’agence de voyage n’est que simple mandataire de la compagnie, elle n’a donc pas de responsabilité propre. Si par contre c’est un voyage à forfait, le client doit s’adresser à son agence pour voir s’il est possible d’obtenir une indemnisation de la part des différents prestataires pour la part du séjour non consommé” conseille Jean-Marc Rozé.

Dans le second cas, la gravité de l’intempérie. Est-elle ou non considérée comme une force majeure ? “En général, c’est les juristes qui le précisent, par rapport à la prévisibilité de la tempête tropicale” explique Jean-Marc Rozé. Et l’invocation de la notion de force majeure permet à un voyagiste de s’exonérer de toute responsabilité de plein droit (art L.211-16 du code du tourisme) et de ne pas avoir à indemniser. “Mais au final ça tient plus de la négociation commerciale entre un professionnel et son client plutôt qu’au droit pur et dur”. Il n’est ainsi pas rare qu’un voyagiste accepte de faire un geste, même si rien ne l’y oblige. “Tout porte à croire que ça va relever de la force majeure, mais certains hôtels feront surement spontanément quelque chose pour leurs clients” confirme Laurence Jégouzo, avocate en droit du tourisme.

Enfin, en matière d’assurance, peut-être des prévoyants et des précautionneux ont-ils songé a souscrire une assurance voyage facultative comprenant une garantie “remboursement de la part interrompue du séjour”. Auquel cas les concernés pourront prétendre à un dédommagement selon les termes inscrits dans leur contrat.

D’autres encore ont-ils pu souscrire une assurance dite “météo” ou “soleil”. Des couvertures arrivées récemment sur le marché qui garantissent contre le mauvais temps en voyage. Généralement limitées géographiquement (France et Maghreb) et temporairement (de fin octobre à fin mars), il arrive toutefois que certaines courageuses agences de voyage les proposent à leurs clients en dehors des restrictions énoncées. L’assuré sinistré par les intempéries du Mexique pourra ainsi prétendre à une indemnisation, réduite tel que le prévoit le contrat, à 300 euros ou moins.


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