Grippe H1N1 : témoignages sur les ratés de la campagne de vaccination

La vaccination contre la grippe H1N1 en centres spécialisés a ses ratés – fonctionnement des centres, erreurs de vaccins, réquisition des étudiants -, selon les témoignages recueillis par l’AFP.

– Une fillette de trois ans, à Paris, a reçu un vaccin avec adjuvant, alors que le vaccin sans adjuvant, le Panenza, n’était pas arrivé sur le marché. Elle revient avec sa mère pour la deuxième injection, qui, selon les recommandations officielles, doit être faite avec le même vaccin. Les médecins du centre cependant soutiennent le contraire et lui injectent un vaccin sans adjuvant. Interrogé, le responsable du centre reconnaît que les médecins ont pris leur décision sans consulter les documents officiels mis à leur disposition sur place.

– Une femme de Loire-Atlantique, enceinte de huit mois, et asthmatique, a reçu un bon de la caisse d’assurance maladie pour se présenter à un centre de vaccination à 25 km de chez elle, sans horaires ni jours d’ouverture. Bien que son médecin lui ait déconseillé les trajets en voiture, elle se rend au centre, fermé ce jour-là. Son père qui l’accompagne alerte la Préfecture, qui recommande de revenir aux jours indiqués sur la porte. “Si d’aventure un problème venait à se faire jour du fait de l’impossibilité de ma fille de se faire vacciner, je vous tiendrais personnellement pour responsable”, écrit le père dans un courrier à la préfecture.

– Des externes préparant l’internat se plaignent des conditions de réquisition, une vacation de sept heures par semaine transports non compris, et ce jusqu’au 11 mars, alors que leur concours a lieu du 2 au 4 juin. Alice, en sixième année à la Pitié, a reçu mardi une réquisition pour dimanche – “le billet d’avion que j’avais pris pour aller voir ma petite nièce, c’est pour ma pomme!” – et une autre pour le 31 décembre, de 15 à 22h.

La ministre de la santé Roselyne Bachelot a annoncé mercredi qu’on allait “éviter de mobiliser les étudiants” du 21 décembre au 3 janvier.

Certains sont convoqués les samedis où la fac organise des séances d’entraînement au concours, ou bien les soirées où ils ont payé des séances de préparation en institut privé.

Ce que ça leur apporte ? “Strictement rien”. Mélanger le vaccin, vacciner, “en 2ème année on apprend ça”. En revanche, “c’est essentiel de bosser l’internat, il nous faut du temps”.

– Même grogne chez les étudiants-infirmiers. Catherine, en troisième année à Montreuil, dit avoir été obligée de s’inscrire sur les listes de volontaires, sous menaces de sanction. “Chacun fait deux vacations de 5h. On manque nos cours, les formatrices aussi sont réquisitionnées, on nous a supprimé des modules et un examen pratique indispensable”.

Dans les centres, “on ne nous demande jamais notre pièce d’identité. La dernière fois, il n’y avait pas d’infirmière diplômée indispensable pour que l’on puisse vacciner, on est restées assises sur une chaise, avec interdiction de partir”.

“On vaccine d’une manière qui ne respecte pas les règles apprises : on n’utilise pas de gant, on a une seule seringue pour prélever le produit dans le flacon et piquer la personne. On ne fait jamais ça à l’hôpital. Comme à chaque fois on pique dans le bouchon de caoutchouc du flacon, des morceaux de caoutchouc vont dans la seringue, ou l’aiguille se tord”. “Les vaccins sont préparés à un autre endroit, dans notre métier on n’injecte pas quelque chose qu’on n’a pas préparé”. “La ministre dit que c’est très formateur, en fait c’est très déformateur”.

Paris, 26 déc 2009 (AFP)


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