Grippe : une vaccination de masse serait “une aventure” selon un épidémiologiste qui défend également le Tamiflu

L’épidémiologiste Antoine Flahault estime que “ce serait une sorte d’aventure” d’organiser une vaccination de masse contre la grippe H1N1, car ce serait “une stratégie totalement innovante vis-à-vis de la grippe A”, jamais tentée sur la grippe saisonnière.

“On n’a encore jamais tenté d’utiliser le vaccin comme barrière contre une épidémie de grippe, pas même saisonnière, à l’exception du Japon dans les années 1970 à 1980 et aux Etats-Unis en 1976”, souligne le Pr Flahault, directeur de l’Ecole des hautes études en santé publique, dans une interview au Monde daté de jeudi.

Pour lui, “la seule stratégie qui aujourd’hui bénéficie d’une solide expérience dans le domaine de la grippe est celle de la protection des personnes à risque”, qui pourrait être pour ce virus les populations âgées ou vulnérables, les professions de santé, les grands obèses et les femmes
enceintes.

Il estime en revanche que “ce serait une sorte d’aventure d’essayer de se lancer dans une stratégie totalement innovante vis-à-vis de la grippe A alors qu’elle n’a pas été seulement tentée sur la grippe saisonnière”.

Dans le cas d’une vaccination de masse, on ne peut en effet exclure des effets secondaires, réels ou supposés. “Après une campagne de vaccination de masse, l’apparition de maladies dans les semaines qui suivront risquerait d’être imputée, même à tort, à la vaccination”, dit-il, rappelant ce qui s’était passé pour le vaccin contre l’hépatite B lorsqu’étaient survenus des cas de sclérose en plaques. “Personne n’est parvenu à trancher sur leur origine”, et cela “a entraîné un discrédit durable sur la vaccination”, ajoute-t-il.

Le Pr Flahault défend une utilisation large de l’antiviral Tamiflu, qui selon lui ne devrait pas être réservé “aux cas graves ou compliqués”. “Son utilisation a surtout une visée collective, car il est efficace pour faire baisser la charge virale, la durée des symptômes et donc la circulation du virus dans la population”, dit-il.

Selon lui, le Tamiflu est aussi “efficace en traitement préventif”. “Il y a encore peu de résistances, c’est donc le moment de l’utiliser car après il risque d’être durablement inutile”.

AFP


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