La Grèce et les assureurs

La dette grecque a beaucoup fait parler d’elle ces derniers temps. Les obligations d’État émises pour emprunter de l’argent sont majoritairement souscrites par des institutions financières, c’est à dire des banques et des assurances, qui s’en servent pour des rendements faibles mais sûrs de certains placements. Mais l’assurance n’a pas que ce lien avec la dette des pays.

La dette grecque menace-t-elle l’assurance vie ? Avec un titre accrocheur comme celui-ci, Pierre Tenaud dans MoneyWeek se posait la question que peu d’assurés pouvaient imaginer : que leurs versements en assurance-vie soient impactés par la dette d’un pays quelconque, sans parler des SICAV, des FCP et de nombreux produits financiers composés d’une partie de rendements « garantis ».

Pourtant, c’est l’un des fondements des « fonds en euros » des contrats d’assurance-vie que d’être investis sur des placements sûrs, mais peu rémunérateurs. Or, depuis qu’ils annoncent leurs résultats, les différents assureurs français et européens dévoilent peu à peu leurs engagements sur cette dette grecque.

Ainsi, Axa, l’un des leaders continental, reconnaissait une exposition de 0,6Md d’euro en Grève. Aujourd’hui, c’est CNP Assurances qui annonce être exposé à hauteur de 113M d’euros… Replacé dans le contexte, ces chiffres semblent dérisoires, puisque Axa détient un portefeuille investit à 38% en obligations d’Etat pour un montant de 154Mds d’euros, tandis que CNP Assurances détient en portefeuilles 77,44Mds d’euros d’obligations d’Etat.

Autre sujet d’assurance dans la dette grecque, les trop fameux Crédit Default Swaps (CDS), rendus célèbres par la faillite d’AIG et le début de la crise financière. Les CDS sont des contrats d’assurance qui protègent le prêteur contre le défaut de l’emprunteur. Tant que la confiance dans l’emprunteur est bonne, c’est à dire que sa capacité à rembourser son emprunt n’est pas remise en question, le prix des CDS stagne ou baisse. Mais dès qu’une rumeur ou une preuve peut faire douter de cette capacité à rembourser, le prix des contrats s’envolent, chacun voulant se prémunir. Effet pervers, les CDS sont souscriptibles par des non-prêteurs, c’est à dire des fonds qui n’ont rien à protéger. Il s’agit alors de spéculation.

Ce genre de procédé a permis à un fonds d’investissement particulièrement « visionnaire » de réaliser de très belles plus-values en « misant » sur la hausse des CDS de la dette grecque, comme l’a révélé le Wall Street Journal. Exactement de la même façon que certains avaient su miser sur les défauts de paiements des crédits hypothécaires accordés par les banques aux citoyens américains, dans la fameuse crise des « subprimes ».
Avec un gain de 92% la première année en 2008, une perte de 19% en 2009, la lumière faite sur la situation de la Grèce a également permis au fonds d’investissement et à ses deux patrons, dont un Français, de réaliser un gain de 20% sur le début d’année 2010…


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