Dossier « Cannes et cinéma » : Comment assure-t-on le tournage d’un film ?

    Être confortablement installé dans un fauteuil et regarder le dernier « blockbuster » tout en dégustant du popcorn, c’est pour la plupart des spectateurs un réel plaisir… Mais ces derniers n’ont pas forcément conscience qu’avant de pouvoir se faire une toile, assurer un film est tout aussi compliqué que de le tourner. Face à de nombreuses contraintes logistiques, humaines et temporelles, un tournage requiert souvent les services de plusieurs assureurs très frileux devant une multitude de risques.

    Assurer le tournage d’un film est certainement la partie la plus désagréable du processus de construction d’un futur chef d’œuvre cinématographique. Entre les décors, les cascades, les acteurs et les techniciens ou encore le matériel, on oublierait presque que le cinéma est avant tout un art. Devant une multitude de risques et de situations spécifiques à prendre en compte, tourner un film rentre dans la catégorie des risques spéciaux pour les assureurs. Plusieurs courtiers sont d’ailleurs spécialisés sur ce créneau, comme par exemple Continental Media Assurances, Gras Savoye, Diot Bellan ou encore Marsh, mais ce sont les compagnies QBE (Australie) et Gerling (Allemagne) qui sont les leaders incontestés sur ce marché de niche.

    Aujourd’hui les sommes engagées sur les films sont telles, que chaque tournage doit être évalué au risque près par les courtiers, qui permettent ensuite aux assureurs de se partager le gâteau. Tout est passé au peigne fin, de la dangerosité d’une cascade à l’état de santé d’un acteur, en passant le temps qu’il fait ou les matériaux utilisés pour les décors. Il suffit ensuite de chiffrer…

    On estime en moyenne que pour un long-métrage, le coût de l’assurance varie entre 1 et 2% du budget global du film. Pour la garantie de « bonne fin », c’est-à-dire la garantie que le film sera fait à une date déterminée pour un montant déterminé, la part des primes peut avoisiner environ 2,5% du budget. En règle général, il existe des clauses de base comme la RC, la garantie support (pour les bobines et les négatifs), ou encore une assurance dommage pour les décors et les accessoires, ainsi que pour les caméras et les appareils de prise de son. En ce qui concerne les acteurs et le personnel (maquilleuses, techniciens, accessoiristes…) des assurances rapatriements sont prévues, tout comme une assurance individuelle accident, ainsi que des garanties indisponibilité des personnes et biens du tournage (décès, incendie, etc).

    Outre les questions purement techniques, les acteurs et même les réalisateurs sont eux aussi soumis à des contrôles, notamment médicaux (chez des médecins assermentés par les assurances), afin de savoir s’ils sont en bonne forme ou non avant un tournage. “Une actrice enceinte ou un comédien qui présente un risque cardiaque ne sera pas assuré pour un tournage par exemple, ou alors avec un surcoût exorbitant ou bien par un assureur qui ne couvrira que le risque de santé…” déclare Hugo Rubini, directeur de Rubini & Associés, un des assureurs majeurs sur ce créneau.

    Avant même qu’il soit projeté en salles, un film est donc compliqué à assurer, du fait des nombreux paramètres techniques et humains dont il est composé. Évidemment, une fois en boîte, d’autres assurances viennent protéger les bobines qui partent au montage, certaines garanties couvrent les droits d’auteurs, les crédits musicaux ou encore les droits à l’image, sans compter la promotion et la distribution; bref, assurer un film est long et minutieux, à l’image du storyboard qui illustre son histoire…


    Laissez votre avis