Dossier : La révolution du scooter à 3 roues pose-t-elle problème aux assureurs ?

    Avec près de 14 000 exemplaires vendus en 2009, le MP3 LT de Piaggio se taille la part du lion des ventes de scooters en 2009. Même si cet engin n’est pas classé dans la catégorie deux-roues mais dans celle des tricycles à moteur, c’est, depuis sa sortie en 2008, le grand gagnant du renouveau du scooter en milieu urbain.

    Accessibles à des permis B, ces scooters de 250 ou 400 cm3 profitent pour le moment d’un vide juridique. Avec un écartement entre les deux roues avant supérieur à 460 mm, ils peuvent en effet être conduit avec un permis B.
    Si la presse s’était émue de mettre entre les mains de novice des machines capables de dépasser allègrement les 130 km/h pour les plus importants, les assureurs et particulièrement les spécialistes, eux, étaient restés plus mesurés.

    « Dès que le premier modèle (le 125, ndlr) est sorti, nous nous sommes positionnés en premier en disant qu’il n’y avait pas de craintes à avoir en tant qu’assureur » explique ainsi Patrick Jacquot, président de la Mutuelle des Motards, assureur mutualiste spécialisé dans le deux-roues. « A l’époque, tout le monde s’interrogeait, et lorsque les grosses cylindrées sont arrivées, nous avons pu clairment affirmé que malgré la puissance, l’expérience des 125 nous montrait que notre premier avis était confirmé et que ces nouvelles machines pouvaient même se révéler plus sûres pour les conducteurs. »

    Finalement, les assureurs plus « généralistes » n’ont pas hésité à revenir sur leurs premières réflexions. Avec une clientèle de « pères de familles » plutôt prudente et sérieuse, un produit qui se vend bien mais reste assez onéreux et est donc réservé à des actifs urbains, les sociétés d’assurances notent tout juste « le manque de recul pour le moment sur la sinistralité » mais ne stigmatisent pas l’engin.

    « Nous avons même constaté une part croissante de seniors parmi nos sociétaires propriétaires de ces scooters » ajoute Patrick Jacquot. La Mutuelle des motards a d’ailleurs constaté une hausse de son portefeuille « trike » (3 roues, ndlr) et une hausse logique de la sinistralité. Car la différence entre les « trikes » utilisés pour des virées le weekend et les scooters 3 roues élargis réside dans l’utilisation.

    Les acheteurs de ces scooters sont des automobilistes, ils font des trajets domicile-travail quotidiens et augmentent ainsi les chances de sinistre. La Mutuelle des motards indique, par exemple, que les sur 25 sinistres enregistrés en 2009 (en responsabilité civile uniquement), 16 le sont pour des MP3. Dans le même temps, les sociétaires de « trikes » représentent… 0,47% du portefeuille mais qu’en un an, l’arrivée des MP3 et autres ont permis d’augmenter de 56% le portefeuille. Ils étaient, au 31 décembre dernier 517 contrats, soit 55% du portefeuille des 3 roues…

    Seulement, pour la Mutuelle des motards comme pour les autres assureurs, il est encore trop tôt pour tirer des conclusions et surtout pour comparer ces nouveaux maxi-scooter avec les autres. « Nous manquons encore de recul pour le moment » confiait un assureur.
    La Mutuelle des motards, qui assure 205 000 personnes, compte 24 830 scooters sous contrats, hors petites cylindrées ( – de 50 cm3) et la part des 125 représente à elle seule 38,46% du portefeuille des 125 cm3.

    « Dans tous les cas, nous proposons des stages de quelques heures dans des moto-écoles pour apprendre à manier un deux-roues. Nous le faisons pour tous les nouveaux assurés et les conducteurs de 3 roues en bénéficient aussi. La prévention, en assurance de ce type, reste très importante » conclut Patrick Jacquot.

    Plutôt que de parler de révolution, les assureurs parleront d’évolutions, à la fois de la clientèle des scooters, de l’utilisation mais également de la sécurité apportée par ces nouveaux engins. Les tests réalisés par la presse spécialisée tend également dans ce sens.

    Crédit photo :  FaceMePLS – Flickr

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