Dépendance : Le défi ne serait pas financier mais humain avec l’indispensable formation d’assistants

Prendre en charge les personnes âgées dépendantes n’est pas qu’une question d’argent: selon des experts réunis à Strasbourg lors d’un forum qui s’est conclu samedi, il faut impérativement mieux former les accompagnants et renforcer l’attractivité de leur métier.

“Il ne suffit pas de dire: +on va puiser dans le vivier des chômeurs pour qu’ils s’occupent de nos aînés+. C’est beaucoup plus compliqué que ça”, résume Jean-François Mattéi, ancien ministre de la Santé et actuel président de la Croix-Rouge française.

L’explosion prévisible du nombre de personnes âgées fragilisées à moyen terme, qui a conduit le gouvernement à mettre en chantier une grande réforme de la dépendance, ne peut pas être abordée sous le seul angle du financement, ont souligné les participants à ce forum européen de bioéthique, consacré à la question du vieillissement. “Même pour des emplois a priori peu qualifiés, comme aide ménagère, il faut une formation: quand vous intervenez chez une personne très fragilisée, il faut que vous sachiez réagir à certaines situations compliquées, même si vous n’êtes là que pour faire le ménage”, explique Alice Casagrande, enseignante à Sciences-Po, formatrice de directeurs de maisons de retraite et chargée de la “bientraitance” à la Croix-Rouge.

Avec le vieillissement de la population, le nombre de personnes dépendantes devrait augmenter entre 30% et 50% d’ici à 2040, et avec lui les besoins en personnels pour les assister, à domicile ou en établissements. 1,18 million de personnes sont aujourd’hui considérées comme dépendantes (personnes touchant l’Allocation personnalisée d’autonomie).
Des dizaines, voire des centaines de milliers de nouveaux emplois pourraient être créés d’ici quelques années. Depuis 2008, le gouvernement, s’appuyant sur les régions, a d’ailleurs lancé un “plan métiers” qui vise à mieux valoriser ces professions et à créer de nouvelles formations.

En ce qui concerne l’aide à domicile, le “plan Borloo” adopté en 2005 a simplifié les démarches administratives par le biais du “chèque emploi service universel”. Appliqué aux seniors dépendants, un tel dispositif est cependant “un pari risqué”, selon Mme Casagrande. “On s’est retrouvé avec beaucoup de personnes, surtout des femmes, qui sont venues occuper ces emplois alors qu’elle sortaient d’une période de précarité ou de chômage de longue durée. C’est parfois problématique, car il est difficile de s’occuper de quelqu’un de vulnérable lorsqu’on est soi-même en situation de fragilité et qu’on manque de confiance en soi”.

Un autre aspect à développer est l’aide aux familles des personnes dépendantes, plaide le Dr Martine Ethève, médecin gériatre dans deux hôpitaux de jour pour personnes âgées. Surtout, au-delà du financement et de la formation, encore faudra-t-il trouver suffisamment de candidats à ces métiers dits “d’avenir”, qui continuent à souffrir d’un important déficit d’image.

“Il faut changer le regard dévalorisant, quasiment raciste, que la société porte sur les vieux, et donc par ricochet sur ceux qui s’en occupent”, affirme Pascal Champvert, de l’Association des directeurs de maisons de retraites et de services à domicile pour personnes âgées (AD-PA). “Trouver des gens pour occuper ces métiers, c’est incontestablement un défi. Mais je reste optimiste, car on ne peut pas durablement sous-estimer les besoins, d’autant que la situation aujourd’hui est indigne. Quand nous aurons des effectifs corrects, les conditions de travail s’amélioreront, et l’attractivité des métiers aussi”.

Strasbourg, 5 février 2011 (AFP)


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