Dépendance seniors : La mobilisation s’organise à l’échelle européenne

Quelles solutions l’Europe peut-elle apporter aux problèmes médicaux, sociaux et économiques posés par l’augmentation du nombre de seniors et la diminution de la population active ? Réponse : «Health and Demographic changes» (HDC)- « Santé et changements démographiques »- mis en place grâce au programme européen INTERREG IVB 2007-2013.

Cette collaboration unique entre 7 régions d’Europe du Nord-Ouest a donné naissance à un réseau original réunissant des institutions hospitalières, des universités et des collectivités locales. Leur point commun : être situé sur un territoire où la population âgée de plus de 75 ans a augmenté de plus de 32% en 10 ans. Autres similitudes : avoir développé des systèmes d’évaluation de la dépendance des personnes âgées adapté à leurs problèmes médicaux et sociaux et mis au point des dispositifs cognitifs et technologiques. Il restait à échanger autour de ces savoirs, à apprécier ces nouvelles pratiques voire à les améliorer dans le cadre d’approches transnationales. Telle est l’ambition du projet HDC.

Les premiers résultats de ces collaborations européennes ont été présentés le 23 septembre à Strasbourg. L’occasion de dresser un bilan à mi-chemin d’initiatives qui pourraient être largement modélisées : parcours hospitaliers sur mesure, meilleur accueil des personnes souffrant de démence, de schizophrénie ou de choc post-opératoire, l’utilisation des TIC et des gérontechnologies au service de l’autonomie des personnes en milieu hospitalier et médico-social.

Patrick Guillot, Directeur Général des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg et Directeur d’Health and Demographic changes revient sur la genèse d’une coopération hors norme. “L’initiative revient au CHU de Strasbourg dont le coeur bat au rythme de la capitale européenne. Nos équipes voulaient ériger la santé au rang de priorité européenne au même titre que l’énergie, l’agriculture ou les transports. L’idée de travailler en réseau avec les pays voisins a été lancée en 2000 quand l’UE n’était encore composée que de 15 Etats-membres. Et il n’est pas exagéré de dire que l’Europe de la santé longtemps considérée comme une abstraction est devenue réalité notamment grâce à cette coopération transnationale.” souligne Patrick Guillot.

La nouvelle coopération européenne s’articule autour de trois axes :

Les parcours hospitaliers mieux adaptés aux personnes âgées dépendantes. La gériatrie ne peut faire l’économie d’une vision socio-économique et d’une comparaison entre les différents systèmes de santé en Europe. Seulement, peu de données permettent de pointer concrètement les répercutions du vieillissement sur la santé des populations et sur les besoins de prise en charge. Un échange transdisciplinaire entre démographes et psychiatres sur la notion de « Grey Pressure » (pression grise) a permis de mesurer le niveau de dépendance des personnes de plus de 65 ans par rapport à la population potentiellement active de 15 à 64 ans (pression verte). Ce ratio comprend la prise en charge à long terme des populations vieillissantes, avec ou sans handicap mental, comme par exemple la maladie d’Alzheimer. Les travaux ont démontré l’intérêt de disposer d’outils diagnostics différenciés en psychiatrie, spécifiques aux patients âgés.

Le second axe de travail du projet HDC repose sur la création d’un réseau de spécialistes invités à échanger sur les contraintes organisationnelles et sur l’adéquation du soin au patient âgé. Il n’est pas question d’harmoniser les pratiques, eu égard à la disparité des systèmes de santé. Il s’agit plutôt d’évaluer, toujours de manière transdisciplinaire des pratiques déjà existantes afin de les améliorer. Le point central se situe dans la capacité des équipes de soins à bien apprécier un profil gériatrique, selon leur « culture gériatrique ». Pour ce faire un état des lieux des pratiques (et leur potentiel) est dressé dans les régions concernées par le projet.

Le troisième axe dédié aux gérontechnologies sera mis en oeuvre dès le début 2011, une fois les protocoles d’admission et de sortie évalués. Dores et déjà, une comparaison a été établie sur les impacts de systèmes comme la géolocalisation (à l’intérieur d’un service) ou l’actimétrie (en ergothérapie, pour préparer au retour à domicile) sur l’organisation et l’optimisation des soins, notamment entre les centre hospitaliers de Liège, Luxembourg, Metz et Strasbourg.


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