Trop de médicaments neuroleptiques prescrits aux malades atteints d’Alzheimer

Les troubles du comportement (agitation, agressivité, cris, opposition, déambulation) survenant dans la démence d’Alzheimer conduisent à une prescription excessive et inadaptée de médicaments neuroleptiques, selon la Haute autorité de santé (HAS).

“Les neuroleptiques (ou psychotropes) sont la mauvaise réponse à ces troubles du comportement, perturbateurs pour l’entourage et potentiellement dangereux pour les patients”, relève le Dr Benoît Lavallart, chargé de mission Alzheimer à l’occasion d’un point mardi de l’HAS.

D’autant que “leur efficacité sur ces troubles du comportement est très restreinte” et qu’ils peuvent être délétères dans cette maladie, poursuit-il en évoquant les effets indésirables de ces médicaments tels “une augmentation des accidents vasculaires cérébraux (AVC) et du risque de mortalité même à court terme”.

Ainsi, schématiquement, en traitant mille patients atteints de troubles du comportement avec un neuroleptique (“antipsychotique atypique”) pendant 12 semaines, on observerait une diminution des troubles du comportement chez 91 à 200 patients, dix décès supplémentaires, 18 AVC et des troubles de la marche chez 58 à 94 patients, souligne-t-il.

“Les malades Alzheimer répertoriés dans les 3 caisses d’Assurance maladie sont 400.000 et non 850.000 d’après les statistiques issues d’études et extrapolées à la population”, note Florence Lustman, chargée de piloter le plan Alzheimer lancé début 2008. Si l’on tient compte notamment des formes non diagnostiquées, “la vérité se situe probablement entre les deux”, ajoute-t-elle.

Le taux de malades d’Alzheimer de plus de 65 ans sous neuroleptiques est bien trop élevé en France, de 16,9% en 2007 et 16,1% en 2008, alors que l’objectif visé est de 5%, selon le Dr Armelle Desplanques (HAS). Mais ce n’est pas particulier à notre pays, dit-elle, citant “les Anglais qui ont un taux de 25%” et viennent de lancer “un plan pour en finir avec les neuroleptiques”.

Pour le Pr Laurent Degos, président de l’HAS, “la solution ce n’est pas toujours le médicament, mais bien plus l’apaisement de patients par des moyens comportementaux”. Une façon de souligner que, comme pour les antibiotiques, dans l’Alzheimer, les neuroleptiques, c’est pas automatique.

A titre d’exemple, des techniques de soins adaptées permettent de réduire de 50 à 60% l’agressivité lors de la toilette du malade en y consacrant 2,4 minutes de plus, selon le Dr Lavallart. “Avec dix séances d’ergothérapie pendant six semaines, on améliore de 84% les actes de la vie quotidienne”, ajoute-t-il.

En fait, “il faut intervenir à domicile – avec des professionels formés – dès le diagnostic pour prévenir les crises et aider les proches à accompagner leur malade”, juge-t-il.

Paris, 24 nov 2009 (AFP)


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