Des médecins moins nombreux, mal répartis : l’accès aux soins pourrait devenir problématique

Les médecins sont de moins en moins nombreux par rapport à la population, vieillissants et très inégalement installés sur le territoire : c’est le sombre tableau de la démographie médicale qu’a dressé l’Ordre des médecins dans son Atlas 2009, publié mardi.

Au 1er janvier 2009, la densité des médecins en activité en France métropolitaine s’est établie à 290,3 médecins pour 100.000 habitants contre 300,2 en 2008. En incluant les remplaçants (5% du total), elle est tombée à 312, contre 322 un an auparavant.

Les médecins en activité “régulière”, chiffre excluant les remplaçants, (199.736) “baissent pour la première fois, de 2%”, selon le président de l’Ordre, Michel Legmann, qui prévoit un “grave problème pour des spécialités en crise” comme la gynécologie.

La première raison du déclin est connue : il s’agit du numerus clausus (le nombre d’étudiants admis en deuxième année de médecine), qui avait chuté de 8.500 en 1971 jusqu’à 3.500 au début des années 1990, avant d’être relevé progressivement.

Mais “ce n’est que d’ici 12 ans que sortiront les médecins issus du numerus à 7.500”, remarque l’Ordre, qui évoque parallèlement “le vieillissement du corps médical”, avec un âge moyen de 51 ans, et des départs à la retraite massifs ces prochaines années.

L’augmentation des étudiants “ne résout rien”, ajoute par ailleurs l’Ordre, qui s’inquiète de voir de nombreux jeunes s’écarter de la médecine de soins. “On en voit aussi de plus en plus aller exercer dans d’autre pays comme le Canada, où les conditions d’exercice sont meilleures”, a observé M. Legmann.

En France, “la médecine n’est plus attractive”, a-t-il jugé, déplorant notamment les contraintes administratives et l’encadrement considéré de plus en plus strict de la médecine libérale par les pouvoirs publics.

L’augmentation du nombre de “médecins remplaçants” (désormais 10.000) témoignerait d’une réticence à s’installer. 25% des inscrits en 2008 ont choisi ce mode d’exercice, tandis que “seulement” 10% se sont installés en libéral, et que 66% ont préféré le salariat. “Beaucoup craignent que de nouvelles contraintes apparaissent à l’installation”, selon M. Legmann, qualifiant de “démagogique” la volonté de certains élus de limiter la liberté d’installation pour mettre fin aux déserts médicaux.

Sur ce point, l’Atlas montre que “le fossé continue de se creuser” entre régions. La Picardie est parmi les moins bien loties, avec 238 médecins pour 100 000 habitants, tandis que Provence-Alpes-Côte-d’Azur (375) concentre toujours le plus de médecins. “Les mesures d’incitation ou de coercition destinées à favoriser le retour des médecins dans les zones sous-dotées ne se révèlent pas efficace”, estime l’Ordre. Idem pour le recrutement de médecins étrangers, qui “ne s’installent pas dans les zones déficitaires”, selon l’Ordre.

“Le yo-yo ridicule du numerus clausus”, a effectivement posé problème, selon l’économiste de la Santé Jean de Kervasdoué. “Le nombre de médecins va continuer à chuter les dix prochaines années, mais on a tout de même un nombre relativement élevé de médecins”, a-t-il dit à l’AFP. “On a en fait un problème particulier avec la médecine générale, délaissée par les étudiants et avec certaines spécialités”, et surtout avec “la mauvaise répartition sur le territoire”, a-t-il souligné.

En Europe, certains pays comme la Belgique, avec plus de 400 médecins pour 100.000 habitants en 2008 selon Eurostat, ont une densité supérieure à la France, tandis qu’elle est plus faible au Royaume-Uni (environ 250 en 2007 selon Eurostat).

Avec AFP


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