Edito : Et la solidarité nationale alors ?

La contestation contre la réforme des retraites gagne tous les pans de la société. En revanche, le délitement de la solidarité nationale par le désengagement de la Sécu soulève moins les foules.

La contestation contre la réforme des retraites gagne tous les pans de la société – de 16 à 77 ans – sur le thème « touche pas à mon acquis social », la fameuse retraite à 60 ans. En revanche, le délitement de la solidarité nationale par le désengagement de l’Assurance maladie soulève moins les foules.

Voilà près d’un mois que les cortèges de manifestants se donnent rendez-vous deux fois par semaine pour dénoncer la réforme des retraites du gouvernement. Malgré la pression de la rue, le Premier ministre a rappelé qu’il ne bougerait pas sur la question du report de l’âge légal.
Dernièrement les lycéens sont venus se mêler à la contestation à grands renfort de blocages d’établissements scolaires. Pour les plus jeunes d’entre eux, ils ne seront pas concernés par cette réforme avant 2056. Soit toute une vie.

Les questions d’accès aux soins aux oubliettes

Pourtant, d’autres sujets tout aussi cruciaux les touchent plus directement, comme le démembrement de la solidarité nationale et l’accès aux soins. Et là, l’affaire n’est pas pour dans un demi-siècle, mais pour les prochains mois, voire les prochaines semaines.

Comment travailler jusqu’à 60, 62 ans voire 67 ans lorsque l’on doit renoncer à se soigner faute de moyens ? Comment profiter d’une retraite bien méritée si l’on a rechigné toute sa vie professionnelle à franchir le seuil d’un généraliste ou d’un chirurgien-dentiste ? Car c’est bien l’enjeu du Projet de loi de financement de la Sécurité sociale que concoctent les pouvoirs publics pour l’année 2011 dont tout un pan repose sur une réduction des dépenses et donc des remboursements.

Payer plus pour être remboursé autant

Le raisonnement qui s’en suit logiquement a de quoi inquiéter le portefeuille et le niveau de santé dans le pays. Ce qui n’est pas remboursé par l’Assurance maladie est laissé à la charge du quidam ou des complémentaires. Mais voilà, les complémentaires santé ne vont surement pas récupérer ces frais supplémentaires sans augmenter leurs tarifs. Les hausses de cotisations devraient osciller entre 8 et 10% en 2011.

Des assurances plus chères d’un côté, des niveaux de remboursement plus faibles de l’autre, nul besoin d’être mathématicien pour comprendre que l’accès aux soins risque de coûter plus cher. Une récente étude du Collectif inter associatif sur la santé montrait que plus d’un quart de la population en 2010 (26%) avait déjà renoncé à se faire soigner faute de moyens. Une situation qui trouve peu d’écho auprès du grand public. C’est pourtant la privatisation progressive du système de soins et le principe de solidarité nationale qui sont dans la balance.


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