Grippe H1N1 : Les Français sont-ils prêts à se faire vacciner massivement ?

A un mois de l’arrivée prévue des vaccins contre le virus H1N1, des doutes subsistent sur la volonté des Français de “jouer collectif” face à une grippe qui leur apparaît bénigne, alors que de nombreuses questions sur le vaccin restent en suspens.

Selon un sondage, plus d’un Français sur deux (55%) envisage de se faire vacciner contre la grippe H1N1. 29% se disent certains de le faire. A l’inverse, un quart des personnes interrogées (24%) se révèlent totalement rétives à toute vaccination. Les professionnels de santé, qui seront prioritaires, semblent peu enclins à se faire vacciner. Plus d’un tiers d’entre eux hésitent ou refuseraient carrément de le faire, selon une enquête.

De son côté le Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI) est monté au créneau pour mettre en garde contre les risques d’une vaccination massive. Avec une commande ferme de 94 millions de doses, les pouvoirs publics ont souhaité pouvoir proposer, à terme, la vaccination à tous ceux qui le souhaitent. “Le vaccin H1N1 est particulier (fabriqué rapidement dans un cadre  réglementaire dérogatoire, avec présence discutable d’un adjuvant)”, a pointé le SNPI. Selon le syndicat, à peine un peu plus d’un quart des infirmières accepteraient d’être vaccinées.

Sur internet, des mouvements anti-vaccins s’organisent. Sur YouTube, un clip dénonce avec force images de seringues la “Big pharma”. Sur Facebook, un groupe “Refusing the H1N1 Swine Flu Vaccines” appelle à rejoindre les opposants à la vaccination.

“La vaccination est la stratégie la plus efficace pour lutter contre la grippe”, rétorque le président du Comité technique des vaccinations (CTV), Daniel Floret interrogé par l’AFP. “On est dans une société individualiste. Or la gestion d’une pandémie, c’est clairement un risque de groupe. Et si on ne peut pas avoir une action collective pour essayer de contrer cette épidémie, ça ne marchera pas”, indique le virologue Bruno Lina, qui préside le Groupe d’expertise et  d’information sur la grippe et sa prévention (Geig – laboratoires).

Or à ce stade, le risque individuel n’est pas clairement perçu, estiment les spécialistes. Les gens en bonne santé “ont le sentiment que c’est en se vaccinant qu’ils prennent un risque et pas en étant infectés”, explique le Pr Lina. Ce qu’ils oublient, soulignent les spécialistes, c’est que la grippe H1N1 “tue des sujets jeunes en bonne santé”, comme l’a montré le cas de Saint-Etienne. “Il va falloir être suffisamment convaincant pour dire qu’on a des éléments d’évaluation qui permettent d’affirmer que le vaccin est à la fois sûr et efficace”, estime le Pr Lina.

D’autant que la vaccination contre la grippe est d’ordinaire peu répandue en France, y compris chez les personnes à qui elle est recommandée. “Seul un asthmatique sur trois est vacciné”, témoigne Marc Sapene, président de l’Association Asthme et Allergies. Ce pneumologue leur conseille la vaccination. “A priori même les antécédents d’allergie à l’oeuf ne sont pas une contre-indication”, ajoute-t-il.

Deux vaccins anti-grippaux vont cohabiter cette année, le vaccin pandémique et le vaccin saisonnier, qui reste utile, selon les spécialistes, et pour lequel la campagne sera lancée vendredi par la ministre de la Santé Roselyne Bachelot.

Le problème de la vaccination, explique le Pr Lina, c’est qu’on ne voit pas qu’elle est efficace, parce qu’on ne sait pas si on a été exposé au virus. “Il faudrait qu’il y ait un signal +virus détecté+, comme pour les antivirus dans les ordinateurs”, rêve-t-il.

Avec AFP


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