Interview : «Diminuer de 5 à 10% le nombre d’obèses en 2009 aurait comblé le trou de la sécu», selon le Dr. Azam

Le Dr Pierre Azam souligne l’urgence de la situation, à la fois en terme de santé publique et de prise en charge.

Le Dr Pierre Azam est le fondateur de l’OBOBS, l’Observatoire de l’obésité. Joint par News-assurances à l’occasion de la Journée de l’obésité (20 et 21 mai), il souligne l’urgence de la situation, à la fois en terme de santé publique et de prise en charge.


Quel est le coût de l’obésité pour l’Assurance maladie en France ?
Pour l’année 2009, on estime le coût de l’obésité à 10Mds d’euros, soit 6% des frais de santé de l’Assurance maladie. Le traitement des patients en surpoids représente quant à lui 4Mds d’euros.*

A ces chiffres, il faut ajouter la prise en charge des pathologies associées : diabète, maladies cardiovasculaires, hypertension, maladies rhumatologiques, etc., représentant une facture de 20Mds d’euros.

Le total atteint donc 34Mds d’euros pour l’année 2009. Si l’on avait diminué de 5 à 10% le nombre d’obèses en France, on aurait économisé environ 10% de ces 34Mds d’euros. Ce qui représente quasiment le trou de la Sécu en 2008 (le déficit de la Sécurité sociale était de 4,4 Mds d’euros en 2008, NDLR).

L’obésité est un fléau qui, selon l’OMS, prend de l’ampleur…
On est en présence de chiffres exponentiels. L’augmentation de la population obèse, d’une part, suit une évolution ingérable. Entre 1997 et 2009 leur nombre a quasi doublé, passant de 8,5%  à 14,5% des Français.

Le coût pour l’Assurance est également phénoménal car les traitements médicamenteux sont de plus en plus performants. A titre d’exemple, il y a actuellement 2 millions de diabétiques I en France, 80% des cas étant liés à l’obésité ou au surpoids. Cette pathologie représentait à elle-seule 9Mds d’euros en 2009 !

Le coût du traitement médicamenteux de cette pathologie a doublé en 5 ans. Il y a une augmentation de 5,7% du diabète en France par an. Cette maladie représente désormais la 2e ALD dans notre pays.

En fonction de ces observations, quels sont les moyens à mettre en œuvre ?
L’observatoire de l’obésité s’est donné pour rôle d’accompagner les actions telles que la Journée européenne de l’obésité (les 20 et 21 mai en France), en partenariat avec le Collectif national des associations d’obèses (CNAO).

Nous orientons également nos recherches vers la pédiatrie en lançant une enquête sur l’obésité infantile en France cet automne. Nous nous sommes rendus compte de l’importance des facteurs sociaux-environnementaux dans ce domaine : la famille et le milieu éducatif peuvent avoir un impact très fort sur l’obésité infantile.

Nous avons déjà mené l’expérience avec l’Epode, un programme qui a réuni 226 communes pour un travail autour des familles. Nous avons obtenu des résultats très positifs puisqu’en 5 ans, nous avons observé une diminution de 9% des enfants obèses.

Site de l’Observatoire de l’obésité (OBOBS)

*Rappelons que le surpoids est atteint quand l’indice de masse corporelle dépasse 25, l’obésité quand il atteint 30. A 35, on parle d’obésité sévère. (IMC = poids divisé par le carré de la taille)


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