Prévention santé : le nouveau plan cancer cible la lutte contre les inégalités

Le nouveau plan cancer, attendu avant la fin du mois, misera notamment sur les mesures de prévention et de dépistage auprès des plus défavorisés, tandis que la question sensible du prix du tabac devra être arbitrée par le président de la République.

Le plan cancer 2003-2007 avait été critiqué par la Cour des comptes qui avait déploré ses “carences” et ses “défaillances” et relevé qu’un tiers seulement de ses 70 mesures avaient été réalisées. Des remarques “dont le nouveau plan tiendra compte”, a assuré le directeur général de la santé Didier Houssin, lors des premières rencontres annuelles organisées mercredi par l’Institut national du cancer (Inca) à Paris. Selon lui, le plan 2009-2013 “va s’inscrire clairement dans la continuité du précédent”, avec “de nouvelles propositions donnant un nouvel élan”.

Le plan ciblera, a-t-il dit, “la lutte contre les inégalités” concernant  prévention et dépistage, la nécessité du “transfert” des résultats des recherches vers le malade, la coordination entre les différents professionnels de la santé et les nouvelles initiatives “sanitaires et médico-sociales pour accompagner le malade, de l’annonce à la guérison”.

La lutte contre les inégalités a été considérée comme “la toile de fond” du prochain plan par Dominique Maraninchi, président de l’Inca. D’autres intervenants ont parlé de “priorité”, d'”axe majeur” ou d'”objectif stratégique”.

Chantal Cases, directrice de l’Institut de recherche et de documentation en économie de la santé (IRDES), a noté que “le cancer tue de moins en moins quand on s’élève dans l’échelle sociale”. Elle a cité notamment le cancer du poumon, où la mortalité pour les hommes sans diplôme est multipliée par 3,5. “Les écarts de mortalité selon le niveau d’éducation se sont aggravées dans le dernier quart de siècle”, a-t-elle dit.

Le Pr Jean-Pierre Grünfeld, qui a piloté le programme de recommandations remis en février au Président de la République, a insisté sur la nécessité de “cibler des ressources supplémentaires vers les territoires les plus touchés et les personnes les plus vulnérables” et d'”amplifier les actions de prévention de proximité”. “Les plus démunis sont comme les autres à partir du moment où ils parviennent au traitement, mais ils y parviennent plus tard”, a-t-il indiqué à l’AFP. “Il faut que le dépistage vienne aux plus démunis”, a renchéri le Pr Guy Launoy (Inserm).

Jean-Paul Moatti, professeur d’économie, a relevé que les catégories défavorisées “cumulent les facteurs de risque tels que alcool, tabac, moindre dépistage précoce”. Il a estimé que la politique anti-tabac était “un succès dans les catégories favorisées” alors que le tabagisme était “stable parmi les ouvriers et en hausse parmi les chômeurs qui disent : +C’est tout ce qui nous reste+”. Pour lui, la hausse du prix du tabac “peut accroître les inégalités” parce qu’elle “pèse davantage sur les budgets les plus pauvres”.

Le Pr Grünfeld a noté auprès de l’AFP qu’il y avait “29% de fumeurs en France, contre 20% dans les pays scandinaves”. Il s’est dit favorable à une hausse des taxes sur le tabac, mais “en adaptant les messages de santé pour qu’ils soient entendus aussi par les moins qualifiés”.

Le ministre de la santé, Roselyne Bachelot, est favorable à une hausse de 10% par an pendant plusieurs années, tandis que le secrétaire général de l’UMP Xavier Bertrand y est hostile.

Ce nouveau plan, dont la présentation avait été annoncée pour fin juin, devrait être dévoilé par M. Sarkozy d’ici la fin du mois. Il devrait à cette occasion arbitrer la polémique autour de la hausse du prix du tabac.

Avec AFP


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