Assurance / Professionnels : Les agressions des médecins et autres praticiens en augmentation

Le Conseil national de l'ordre des médecins (CNOM) s'est alarmé mardi de l'augmentation des incidents que lui signalent les praticiens, agressés verbalement mais aussi physiquement, estimant que cela favorisait la désertification médicale de certains quartiers.

Le Conseil national de l’ordre des médecins (CNOM) s’est alarmé mardi de l’augmentation des incidents que lui signalent les praticiens, agressés verbalement mais aussi physiquement, estimant que cela favorisait la désertification médicale de certains quartiers.

« Ces affaires d’insécurité interviennent dans les problèmes de sous-densité médicale », a déclaré à la presse le président du CNOM, le Dr Michel Legmann, qui devait participer dans la journée à un colloque sur la désertification médicale organisé par l’Association des maires de France (AMF).

L’insécurité pour les médecins, a-t-il estimé, est un « véritable problème de santé publique » et une « entrave majeure » à une activité médicale pérenne. Le mois dernier, des agressions, commises contre une gynécologue et une pédiatre de Pierrefitte (Seine-Saint-Denis) et un professeur hospitalier de Créteil (Val-de-Marne), avaient été très médiatisées.

Malgré une mobilisation en faveur des deux spécialistes de Seine-Saint-Denis, elles ont mis la clé sous la porte. Le problème de la violence contre les médecins est pris en compte par les pouvoirs publics. Le ministre de la Santé, Xavier Bertrand, a ainsi annoncé récemment la « signature rapide » d’un protocole entre le CNOM, son ministère, celui de l’Intérieur et celui de la Justice pour aider plus efficacement les médecins confrontés à une insécurité multiforme.

« Cela fait quatre ans que nous travaillions sur un tel protocole », a indiqué à l’AFP le cardiologue, Bernard Le Douarin, chargé de l’Observatoire pour la sécurité des médecins du CNOM.

Selon les chiffres publiés mardi par cet observatoire, et collectés par l’institut Ipsos, 920 déclarations d’incidents ont été envoyées par des médecins, généralistes ou spécialistes, pour signaler diverses formes d’agressions contre 512 en 2009, soit une augmentation de près de 80%.

« Nous considérons que c’est une augmentation particulièrement préoccupante et significative », a estimé le Dr Le Douarin. Le CNOM, qui encourage depuis 2003 les médecins à lui transmettre les incidents dont ils sont victimes, n’avait jamais reçu autant de signalements.

« Nous nous battons pour que les médecins portent plainte, mais ce n’est pas dans leur culture », a déploré le Dr Legmann, se déclarant persuadé qu’il y a une « sous-déclaration des incidents ».

Si les chiffres de l’enquête n’ont pas de valeur statistique, n’étant pas basés sur un échantillon représentatif, ils servent néanmoins de baromètre. Les 920 praticiens ayant signalé des incidents en 2010 représentent 0,46% des 200.045 médecins « en activité régulière ».

Le nombre d’incidents progresse de façon homogène dans presque tous les départements, selon le CNOM, mais c’est principalement un phénomène de centre-ville et de banlieue.

L’enquête fait état d’incidents beaucoup plus fréquents dans certains départements, notamment en Seine-Saint-Denis, en tête avec 79 signalements, et dans le Nord (70).

Les incidents signalés sont pour 72% des atteintes aux personnes, pour 36% des atteintes aux biens. Les agressions verbales et menaces représentent, de loin, la plus forte proportion des incidents rapportés (63%) devant les vols ou tentatives de vols (25%), les agressions physiques (13%) et le vandalisme (12%).

L’agresseur est la plupart du temps un homme. Dans 5% des cas, il a utilisé une arme, souvent une arme à feu. Les médecins victimes sont des hommes à 56% mais la part des femmes progresse, ce qui inquiète le CNOM étant donné la féminisation de la profession.

Paris, 29 mars 2011 (AFP)


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