Assurance retraite / Réforme : François Fillon annonce que le gouvernement ne reculera pas

Le Premier ministre François Fillon est monté au front lors d’une conférence de presse vendredi à Matignon pour affirmer sa volonté de reculer l’âge de départ à la retraite, au lendemain d’une journée de grèves et de manifestations ayant rassemblé jusqu’à 2 millions de personnes, selon les chiffres syndicaux.

Au-delà de la réforme des retraites, le chef du gouvernement, appuyé par le président Nicolas Sarkozy dans sa politique de rigueur budgétaire, a répété son objectif de revenir en 2013 à un déficit public de 3% du produit intérieur brut (PIB), la norme au sein de l’Union européenne, alors qu’il est actuellement de 8%.

“Le gouvernement comprend les inquiétudes (…) il écoute l’avis des Français qui ont manifesté, il écoute l’avis des Français qui n’ont pas manifesté”, a-t-il déclaré au cours d’une conférence de presse. Mais “je veux dire solennellement qu’aucune mobilisation ne règlera le problème démographique que pose la question des retraites”, a-t-il ajouté. “Quelles que soient les oppositions, quelle que soit leur force, nous avons le devoir d’assurer le financement des retraites des Français”, a-t-il poursuivi.

Le système de retraite français, reposant sur la solidarité des actifs qui financent les pensions des retraités, est confronté à l’augmentation du nombre de retraités, en raison de l’allongement de la durée de vie, par rapport au nombre des actifs.

Le gouvernement a prévu d’allonger la vie active pour résorber les déficits des régimes de retraites, en faisant notamment passer l’âge minimal de départ à la retraite de 60 à 62 ans d’ici à 2018, remettant ainsi en cause un acquis social majeur de la gauche sous la présidence de François Mitterrand.

En dépit de cette réforme la France restera un des pays européens où l’on pourra partir le plus tôt à la retraite, a souligné M. Fillon.

Mais face à un pouvoir très impopulaire, les syndicats et l’opposition de gauche entendent maintenir la pression pour conserver l’acquis des 60 ans. “Si le gouvernement, le chef de l’Etat, font comme s’il ne s’était rien passé, s’ils jouent les apprentis sorciers compte tenu du mécontentement (…) il ne faudra pas s’étonner que le conflit prenne une autre intensité à la rentrée”, a prévenu Bernard Thibault, le chef du syndicat CGT, le plus important du pays.

C’est en septembre, après les vacances d’été, que le projet de loi sur les retraites sera soumis au Parlement et c’est à cette période que les syndicats entendent intensifier les mouvements sociaux.

La gauche, forte de son succès aux dernières élections régionales en mars, reproche au projet gouvernemental de ne pas assez taxer le capital pour financer les pensions. Répondant à M. Fillon, Harlem Désir, numéro deux du Parti socialiste, l’a accusé d’avoir “opposé une fin de non-recevoir aux Français” et de s'”entêter dans une stratégie de mépris”.

Syndicats et partis de gauche ont vivement reproché à Nicolas Sarkozy d’avoir voulu détourner l’attention des médias de la journée d’action syndicale, en recevant jeudi à l’Elysée le footballeur Thierry Henry pour discuter de la piteuse prestation des “Bleus” en Coupe du monde.

Le gouvernement pourrait lâcher un peu de lest sur certains aspects de la réforme des retraites. Mais M. Fillon a averti que d’autres mesures impopulaires devront être prises pour résorber les déficits publics, en vue de faire revenir, comme le souhaite Bruxelles, le déficit public –actuellement de 8% — à 3% du PIB en 2013, avec une étape à 6% en 2011.

Les salaires des fonctionnaires pourraient être freinés même si l’augmentation de 0,5% au 1er juillet n’est pas remise en cause, a-t-il affirmé.

Un retour de la croissance est nécessaire pour que le gouvernement atteigne son objectif. Il prévoit 1,4% en 2010 et 2,5% en 2011, ce que nombre d’experts jugent trop optimiste.

Paris, 25 juin 2010 (AFP)


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