Assurance auto : Location de voiture entre particuliers, suis-je assuré ?


L’autopartage est un phénomène qui se répand en France. Ce nouveau mode de consommation des voitures est révélateur de changements profonds dans la manière d’appréhender les véhicules. L’autopartage vient d’ailleurs bouleverser le marché de l’assurance automobile.

Les voitures sont sur la route en moyenne entre 2 et 4 % de leur temps. Elles sont donc largement sous-utilisées et les Français l’ont bien compris. Ils sont de plus en plus nombreux à avoir recours à l’autopartage. Les propriétaires mettent leurs véhicules à la location et plutôt que d’acheter une voiture, ceux qui n’en ont pas, les louent. Dans nos sociétés de consommation à l’excès, ce procédé où tout le monde est gagnant traduit un nouveau mode de consommation responsable.

L’autopartage où le consommer responsable

Ainsi, Sylvain a mis son véhicule sur la plateforme Drivy, il y a un peu plus de trois ans. Il indique le faire pour trois raisons : ” l’autopartage permet une certaine souplesse et de faire des économies quand je suis locataire. C’est aussi intéressant financièrement quand je loue mon véhicule. Mais c’est aussi parce que les valeurs de l’autopartage me semblent importantes: réseau local, contact humain, optimisation de l’utilisation de l’espace et des ressources. 

Du fait de l’urbanisation de la population, ainsi que du développement des transports en commun, les Français ont de moins en moins besoin de leur voiture, c’est pourquoi l’économie collaborative est fortement développée dans le secteur automobile. Victor est l’illustration même de ce phénomène. Il loue sa voiture via Ouicar depuis mars 2014. “J’allais vendre ma voiture, parce que j’habite à Paris et en semaine je me déplace en deux roues. L’assurance et la place de parking de ma voiture me coutaient trop cher pour l’usage que j’en faisais. L’autopartage m’a permis de garder ma voiture et d’amortir ce qu’elle me coûte. J’ai même pu faire des petits bénéfices, mais ce n’était pas le but recherché”, indique-t-il.

Un bouleversement du marché de l’assurance

L’autopartage et le covoiturage traduisent un nouveau rapport des Français à leurs véhicules qui vient bousculer les codes de l’assurance traditionnelle.

Aujourd’hui, les partenariats entre plateformes d’autopartage et assureurs se multiplient. Cependant, les entreprises Drivy et Place de la Loc‘ par exemple ont toute deux mis plus de 10 mois à trouver un assureur qui veuille bien les suivre. “Nous avons eu du mal à trouver un assureur pour nous suivre“, indique Benjamin de Fontgalland le fondateur de Place de la Loc’, il ajoute “nous avons trouvé un assureur qui a accepté notre projet au bout de 10 mois de recherche. Pour nous il était impensable de lancer la plateforme sans assurance.

Les assureurs se retrouvent confrontés à des risques qu’ils maitrisent mal et qu’ils ne connaissent pas . “Les risques que l’on va couvrir ne sont pas évidents à couvrir, du fait du changement constant des conducteurs, du fait du changement constant des usages. Il a fallu s’adapter et trouver une situation qui nous permette de maintenir une sécurité pour les locataires et les conducteurs“, indique Emmanuel Gombault, directeur technique chez Allianz France.

Franck Janowsky de la Direction responsabilité sociétale et environnementale du groupe Macif, indique d’ailleurs, “la Macif a pour vocation de suivre l’évolution et parfois à aller beaucoup plus en amont et de prévoir ce que seront les mobilités de demain.” La Macif est le premier assureur à s’être lancé dans l’aventure de l’autopartage, rapidement suivie de Covéa et d’Allianz.

Un modèle à améliorer

Les voitures mises en location doivent au moins être assurées au tiers. L’assurance de la plateforme prend le relais au moment de la location. Le coût de l’assurance est intégré dans la commission que prend la plateforme. Les entreprises d’autopartage proposent également des rachats de franchise en option.

Le problème de ce modèle d’assurance est qu’il mène souvent à des doublons. Ainsi la voiture est déjà assurée à l’origine, le locataire doit obligatoirement prendre une deuxième assurance s’il passe par une plateforme, même s’il est déjà assuré.

Par ailleurs, les franchises sont généralement assez élevées et les zones couvertes s’arrêtent aux pays frontaliers avec une exclusion pour le Royaume-Uni.

Par exemple, Sylvain avec plus de 20 locations à son actif a rencontré des problèmes lors d’une de ses locations avec la plateforme Drivy. Son véhicule avait été accidenté lors d’un trajet au Royaume-Uni. Or ce pays faisant partie des exclusions de garanties, le véhicule s’est retrouvé en défaut de couverture et l’ensemble des réparations est à la charge de Sylvain et du locataire.

Rester sur ses gardes

Il écrit dans un courrier adressé à la plateforme Drivy : “Drivy, que j’estime partiellement responsable de la situation (ce que je détaillerai dans la suite de ce message) qui lors de mes échanges téléphoniques avec le service client ne m’a proposé que peu de soutien et aucune solution autre que celle d’affronter seul mon locataire dans la sphère judiciaire, ce que le sens commun m’interdit évidemment de faire vu les incertitudes, les tracas et les montants à engager“.

Il ajoute par la suite dans ce même courrier “Ceci n’aurait rien de problématique s’il était partout précisé que la prise en charge par l’assurance Drivy/Allianz est effective en France et dans ses pays limitrophes à l’exclusion du Royaume-Uni. Or, si cela figure bien dans les CGU-CGV (que les utilisateurs les plus sérieux; comme moi, lisent lors de l’inscription sur le site mais tout de même pas avant chaque location), cela ne figure ni dans le centre d’aide aux propriétaires “check-list avant la location” (http://help.drivy.com/hc/fr/articles/200028601-Check-list-avant-la-location) ni sur la page assurance du site (https://www.drivy.com/assurance-location-voiture-particulierni dans le mail systématique intitulé “Check-list pour votre location avec XXX” ni encore sur le contrat même de location où les “vérifications à effectuer par le propriétaire” sont seulement au nombre de deux et ne mentionnent pas la destination du loueur. “

Il faut noter néanmoins comme l’indique Sylvain que “Drivy a tiré des enseignements de mon cas et affiné sa communication sur l’UK depuis, entre autres choses.

Ainsi, bien que beaucoup de choses soient faites pour améliorer les services rendus, il faut néanmoins rester vigilants, lire dans le détail les conditions générales de vente des contrats d’assurances et faire bien attention aux exclusions de garanties.

Le secteur de l’autopartage est en plein développement et en mutation constante. Tous les dispositifs sont en évolution permanente et tentent d’apprendre de leurs erreurs. Cependant, bien que le système prône une consommation durable et des valeurs de respect, de partage et de mutualisation, il ne faut pas oublier que la consommation collaborative n’est pas un système altruiste, c’est un vrai business géré par des entreprises privées dont l’objectif principal reste de faire des bénéfices.


un commentaire sur “Assurance auto : Location de voiture entre particuliers, suis-je assuré ?”

  • Mélanie Vues :

    Bonjour, merci pour cet article très complet. Je fais partie de l'équipe Koolicar, l'autopartage entre particuliers sans échanges de clés. Il est vrai que cette question d'assurance est très fréquente dans les questions de nos membres et c'est tout à fait légitime lorsqu'on parle de voitures et de sécurité ! C'est la raison pour laquelle nous avons souhaité construire un partenariat fort avec la MAIF (désormais au capital de Koolicar) qui à développé un produit d'assurance spécifique pour notre service d'autopartage. Une assistance 24/7 et une assurance tous risques très couvrante et donc très rassurante. Nous avons également décidé de nous positionner comme tiers de confiance et de rester très présents, de l'inscription jusqu'à la fin d'une location. Nous accompagnons systématiquement nos membres propriétaires et locataires quoi qu'il arrive et bien sur en particulier en cas d'incident où nous prenons complètement en charge les dossiers avec l'aide précieuse de la MAIF. Pour le moment aucun sinistre à déclarer… Tout le monde prend bien soin de la voiture de son voisin ! 😉

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