Fage / LMDE / Smerep : 2014, année de disparition de la Sécu étudiante ?


L’UFC-Que Choisir et la Fage viennent de lancer une pétition en ligne pour demander la suppression de la Sécurité sociale étudiante.

La Sécurité sociale étudiante revient au cœur des débats. Genevieve Fioraso, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, a annoncé qu’une réforme du régime verrait le jour lors du printemps 2014. Une déclaration qui a fait tomber la Sécurité sociale étudiante dans le collimateur de deux organismes influents. Le 30 janvier dernier, l’association de consommateurs l’UFC-Que Choisir et la Fage (Fédération des associations générales étudiantes), grande organisation après l’Unef (Union Nationale des Étudiants de France), se sont regroupées pour porter d’une seule et même voix leur volonté de rompre avec le modèle actuel, qu’ils jugent défaillant et obsolète. “On a un système qui est ancien, archaïque. Il a été conçu après la guerre pour 120.000 étudiants, alors qu’aujourd’hui ils sont 2,3 millions” précise Julien Blanchet, président de la Fage.

Afin de se faire entendre par les pouvoirs publics sur le sens a donner à cette future réforme, l’UFC-Que Choisir et la Fage ont ouvert une pétition en ligne: “Pour une réforme globale du régime et dans l’intérêt de tous les étudiants”. Les organismes y énoncent leurs griefs: la Sécurité sociale étudiante est aujourd’hui, selon eux, trop “complexe, inefficace et coûteuse”.

Les étudiants ne comprennent pas à quoi sert la Sécu étudiante

Le fonctionnement de le Sécurité sociale étudiante, il faut l’admettre, n’est pas facile à appréhender. Selon une enquête réalisée par l’UFC-Que Choisir en 2012, plus de 60% des étudiants seraient incapables d’en saisir les tenants et aboutissants.

A la différence des salariés qui bénéficient de deux interlocuteurs distincts pour leurs soins de santé (sécurité sociale et mutuelle complémentaire), les étudiants, eux, n’en ont qu’un, mais qui compte pour deux. La Sécurité sociale étudiante a été confiée en 1971, par délégation de service public, à deux mutuelles étudiantes: la LMDE (La Mutuelle Des Étudiants) et EmeVia (réseau de 11 mutuelles étudiantes régionales). Un duopole qui prend en charge les dépenses de santé des étudiants tout en recevant un financement de l’État, mais qui propose également ses propres produits d’assurance complémentaire. Une mission double, à la fois publique et lucrative, qui peut parfois entrainer un certain conflit d’intérêt.

Les failles du système

Aujourd’hui, de nombreux témoignages d’insatisfaction portent sur la Sécurité sociale étudiante. Carte vitale délivrée au bout de plusieurs mois, relation client mauvaise, voire inexistante, technique de vente trop offensive et oppressante des couvertures complémentaires… Des anomalies constatées par une mission sénatoriale en 2012, qui décrivait alors des délais de remboursement trop longs et des interlocuteurs peu disponibles. “Le service rendu n’atteint pas un niveau de qualité suffisant” avaient statué les sénateurs. Septembre 2013, le couperet tombe à nouveau. En provenance de la Cour des Comptes cette fois, qui juge le système “peu encadré” et sa qualité de service “insuffisante”. “Qu’il s’agisse du remboursement des prestations ou des relations avec les assurés et ses coûts de gestion sont élevés”.

Des dysfonctionnements préjudiciables. Selon l’enquête OVE (Observatoire de la vie étudiante) et le rapport CIJ (comité interministériel de la jeunesse), tous deux datés de 2013, ils auraient conduit 27% des jeunes a renoncé à consulter un médecin et 18 % ne seraient protégés par aucune complémentaire santé.

La Sécu étudiante, trop coûteuse ?

En matière du coût que peut représenter la Sécurité sociale étudiante, les avis divergent diamétralement. Les détracteurs (Fage, UFC-que Choisir) avancent que le modèle serait bien trop onéreux pour les deniers publics. 93M d’euros passant dans des frais de gestion opaques que personne ne parvient à identifier précisément. “Le système est coûteux pour l’État. D’après la Cour ds comptes, 69M d’euros pourraient être économisés en réintégrant les étudiants au régime général. Mais c’est également couteux pour les étudiants. Ils paient chaque année plus de 200 euros de cotisations annuelles. La Cour des comptes estime la aussi que le prix pourrait baisser de 10 euros par affiliation, si les étudiants étaient rattachés à la Sécurité sociale” explique Julien Blanchet de la Fage.

La Smerep (Société mutualiste étudiante régionale), elle, réfute le poids financier trop important que les critiques affublent à la Sécu étudiante. Selon la mutuelle, le constat serait erroné. “Aujourd’hui, un affilié coute 73 euros de frais de gestion au régime général. La Sécurité sociale étudiante gère, elle, la santé d’un étudiant pour 52 euros. La Cour des comptes l’a prouvé dans son rapport” clarifie Hadrien Le Roux, secrétaire général de la Smerep.

Un état de fait confirmé par la LMDE, qui déclare même, dans un communiqué daté du 31 janvier 2014, que la Sécu étudiante est sous-financée. La rémunération de 52 euros par étudiant reste, selon elle, insuffisante pour “couvrir le coût de gestion réel d’un assuré, assumé par les mutuelles étudiantes. Ce sous-financement chronique des mutuelles étudiantes est source de difficultés que la LMDE soulève depuis de nombreuses années. L’Etat doit aujourd’hui prendre ses responsabilités pour cesser de sacrifier la santé des jeunes sur l’autel d’une vision comptable de la Sécurité sociale. Nous refusons d’être des variables d’ajustement des comptes publics”.

Conserver les mutuelles étudiantes mais rattacher les étudiants au régime général

Pour la réforme de la Sécu étudiante, la Fage et l’UFC-Que Choisir proposeraient donc de supprimer le modèle actuel géré par les mutuelles étudiantes afin de rattacher les étudiants au régime général. “Geneviève Fioraso envisageait de recréer une mutuelle unique comme la MNEF (ancienne Sécu étudiante. ndlr) à l’époque. Mais non, pourquoi faire cela? On va se retrouver avec les mêmes problèmes, les mêmes conséquences. Non, retournons au droit commun. François Hollande en a parlé. Pour nous le droit commun c’est la Sécurité sociale étudiante gérée par le régime général” énonce Julien Blanchet de la Fage.

Une idée qui n’est pas du goût de chacun. “Nous, nous trouvons le duopole actuel très sain. Il nous oblige tous les jours à nous améliorer, à être plus près des étudiants. C’est une compétition très constructive” estime Hadrien Le Roux de la Smerep.

Les étudiants commenceront à être fixés sur le sort de leur Sécurité sociale dès ce printemps, après entretien de Geneviève Fioraso avec Marisol Touraine, ministre de la Santé, et après remise d’une analyse de l’Inspection générale des affaires sociales, des finances et de l’administration de l’Éducation nationale et de la Recherche. “Jusqu’à présent les politiques ne voulaient pas ouvrir le couvercle, il y avait un manque de volonté criant. Aujourd’hui, la main du gouvernement ne doit pas trembler, elle doit aller au bout de sa réflexion” conclut Julien Blanchet de la Fage.


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