Escroquerie / Assurance : Les réfugiés nord-coréens, bras armé de la fraude à l’assurance en Corée du Sud

Les réfugiés nord-coréens se retrouvent parfois complices de fraudes à l’assurance médicale peu après leur arrivée en Corée du Sud, coincés entre de pressants besoins d’argent et une méconnaissance totale de leur nouvel environnement.

Les fraudes à l’assurance sont depuis longtemps une pratique répandue en Corée du Sud, mais ces dernières années, les fraudeurs s’appuient sur les réfugiés nord-coréens pour mettre en oeuvre leurs escroqueries. “La fraude à l’assurance est presque devenue la chose la plus courante à faire pour un réfugié nord-coréen lorsqu’il arrive en Corée du Sud”, déclare à l’AFP Chun Ki-Won, un prêtre qui s’occupe de ces nouveaux arrivants.

Une fois le réfugié muni d’une assurance médicale privée ou inscrit dans un programme d’assurance privée, peu de temps après son arrivée, des agents d’assurance peu scrupuleux s’entendent avec un ou des employés administratifs d’un hôpital pour obtenir de fausses déclarations de soins.

Quand le faux malade est remboursé par la compagnie d’assurance, et/ou par le gouvernement, il remet la somme aux organisateurs de la fraude et en garde une partie pour lui. “Parfois, les réfugiés se retrouvent impliqués dans ces fraudes car ils n’ont aucune idée de la façon dont le système d’assurance médicale fonctionne”, explique à l’AFP un responsable du centre Hanawon de réadaptation pour les Nord-Coréens.

Selon le prêtre Chun Ki-Won, ces réfugiés sont particulièrement vulnérables car il leur est “de plus en plus difficile de s’adapter à un nouvel environnement”. Ils peinent à trouver un emploi correctement payé et certains se plaignent de discrimination, comparé à leurs concitoyens de Corée du Sud.

Ces nouveaux arrivants doivent aussi souvent rembourser d’importantes sommes d’argent aux passeurs qui ont organisé leur évasion via la Chine. “J’ai reçu quelque 3 millions de wons (1.932 euros)” grâce à une fausse déclaration d’assurance “et j’ai utilisé cet argent pour rembourser mes dettes”, raconte une femme de près de 40 ans au quotidien JoongAng Daily.

Les réfugiés versent en général 30% de leur part aux passeurs en Chine et gardent le reste pour le faire passer à leur famille restée en Corée du Nord, estime le Service de supervision financière du pays.

Selon la police de la région de Gyeonggi, la province autour de Séoul, quelque 3,1 milliards de wons (1,98 million d’euros) ont été détournés dans 31 fraudes à l’assurance impliquant des réfugiés Nord-Coréens au cours des cinq dernières années.

Une seule affaire en 2008 impliquait 41 réfugiés, qui avaient reçu au total 420 millions de wons (268.000 euros), a indiqué la police.

A leur arrivée en Corée du Sud, les réfugiés nord-coréens doivent passer leurs douze premières semaines dans le centre de réadaptation de Hanawon. Ils y reçoivent une formation professionnelle, des informations sur la Corée du Sud et des rudiments sur la vie dans ce pays, de l’achat d’un ticket de métro à l’ouverture d’un compte en banque ou l’utilisation d’une carte de crédit.

Depuis mai, le centre organise également, avec l’aide du Service de supervision financière du pays, des sessions d’information et de mises en garde contre ces escroqueries à l’assurance. “Nous espérons qu’ainsi, les réfugiés y réfléchiront à deux fois avant de devenir les complices de ces escroqueries”, déclare à l’AFP un responsable de ces sessions.

Depuis la fin de la Guerre de Corée (1953), 19.569 Nord-Coréens sont passés au Sud. Pour la seule année de 2009, ils étaient 2.927.

Séoul, 19 octobre 2010 (AFP)


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