Dossier : entretien avec Claude Rambaud, présidente du Lien, association d’aide aux victimes d’infections nosocomiales (1ere partie)

    Le Lien est une association fondée par des victimes d’infections nosocomiales. Agréée par le ministère de la santé, elle travaille à l’amélioration de la qualité des soins en milieu hospitalier et à une meilleure information des patients sur le risque infectieux. Claude Rambaud, présidente de l’association dresse un bilan de la situation en France tant sur le plan de son combat contre les infections nosocomiales que sur la prise en charge des victimes.

    Où en est la France sur la question des infections nosocomiales ?
    D’après la dernière enquête de prévalence, nous sommes plutôt sur une amélioration de la situation. Mais, ce n’est pas le moment de se reposer sur ses lauriers. Il faut en permanence former les gens. Les notions de propreté ne sont pas acquises par tous les patients. Ajoutez à cela les nouvelles bactéries qui font régulièrement leur apparition ou alors qui deviennent de plus en plus résistantes.

    C’est un combat sans fin ?
    Effectivement ! Mais il faut savoir que ce combat ne concerne pas seulement les professionnels de santé, il doit également impliquer les patients. La propreté, l’hygiène de vie sont des facteurs aggravants. Certaines personnes fragiles, ont plus de risques de contracter une infection lors de leurs soins. Un médecin peut prendre les mêmes précautions, pour le même type d’intervention, les résultats seront pourtant différents d’un patient à un autre sur le plan infectieux. Nous savons par exemple que l’âge est un facteur aggravant important, parce que le système immunitaire est affaibli. L’infection nosocomiale c’est un ménage à trois : une bactérie, un homme, un environnement.

    Malgré tout, des efforts importants ont été réalisés ?
    Énormément d’argent a été débloqué pour les infections nosocomiales. Mais nous pouvons aller encore plus loin. Car ces investissements sont essentiellement concentrés sur les infections contractées en milieu hospitalier. Pourtant, la médecine de ville n’est pas épargnée par cette problématique et nécessiterait une attention toute particulière. Dans les cabinets de radiologie ou encore lors de la pratique des examens invasifs, le risque d’infection est bien présent. Néanmoins, il n’existe aucun contrôle, aucun suivi, aucune traçabilité pour la médecine de proximité. C’est le néant le plus complet !

    Comment les patients infectés sont-ils pris en charge ?
    Sur le plan juridique, la prise en charge des victimes s’est considérablement améliorée. Depuis l’arrêt Cohen en 1988, la loi Kouchner du 4 mars 2002, on est sur une présomption de faute. Autrement dit, le patient n’a plus apporter la preuve de son préjudice, du moment que l’infection peut être qualifiée de nosocomiale. Ensuite, toutes les infections qui présentent un certain niveau de gravité sont prises en charge par l’Oniam (Office national d’indemnisation des accidents médicaux, ndlr). La procédure, entièrement gratuite, se règle à l’amiable et très rapidement. Beaucoup plus rapidement que par la biais de la justice classique.

    Mais la prise en charge financière ne suffit pas toujours ?
    Même si les victimes sont indemnisées au titre du préjudice physique et moral, il manque le volet de l’accompagnement sociale de ces patients. Il arrive que l’infection conduise à des ruptures sociales. Car des personnes peuvent perdre leur emploi. Lorsque vous êtes absent 6 mois, vous pouvez être licencié. Certains ont par la suite du mal à retrouver un emploi ou se mettent en position de victimes. Il ne suffit pas de donner un chèque et puis de les abandonner.


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