Dossier : les grands principes de l’assurance pour les musulmans

    L’Islam est la deuxième religion en France. L’hexagone compte en effet environ 5 millions de musulmans. Une communauté implantée depuis de nombreuses années sur le territoire. Pourtant ce n’est que très récemment que le secteur de l’assurance s’y est intéressé pour lui proposer des produits respectueux de la loi islamique, dits assurance hallal.

    Les assurances conformes à la loi islamique n’en sont encore qu’à leur balbutiement en France. Quelques expériences ponctuelles ont été menées principalement sur de l’assurance-vie et de l’assurance décès (voir notre article sur le sujet). Une première tentative de contrat d’assurance-vie a par exemple été lancée sur l’île de la Réunion. Un produit respectueux de l’éthique musulmane. Dans les contrats d’assurance classiques, trois éléments peuvent en effet poser problème au regard des préceptes de l’Islam.

    Tout d’abord la question du taux d’intérêt. « Le droit islamique prohibe l’usage du taux d’intérêt. L’argent de ne doit pas fabriquer l’argent sans aucune activité tangible et productive » explique Arslan Bendimerad responsable de la commission Takaful au sein de l’Association d’innovation pour le développement économique et immobilier (Aidimm). Les contrats proposés doivent passer les règles de filtrage islamiques. Ainsi, l’argent placé auprès d’un assureur ne doit financer que des activités conformes aux règles du droit islamique. Il ne doit en aucun cas financer l’industrie militaire, l’industrie de l’alcool, celle des jeux de hasard ou encore l’industrie pornographique.

    Deuxième point d’achoppement, celui de l’incertitude, principalement en assurance-vie ou décès. « Bien que la mort d’un individu soit certaine, il est impossible de déterminer la date de décès d’un individu, ce qui revient à dire qu’il est impossible de savoir si un individu sera toujours vivant à une date future. La spécificité de l’assurance-vie est le risque de mortalité qu’il faut inclure dans la valorisation de l’engagement de l’assureur. » poursuit Arslan Bendimerad

    Enfin, la notion de hasard pose également problème dans le principe de l’assurance en France, vis à vis de la communauté musulmane. La prime d’un contrat ne reflète pas nécessairement la réalité. L’assureur impose le versement d’une prime, mais en retour, l’obtention des indemnités est liée à un événement aléatoire, comme un incendie, ou un accident. C’est une forme de pari sur l’avenir qui se rapproche du jeu de hasard.

    Une fois ces trois barrières identifiées, il ne reste plus qu’à élaborer des produits compatibles avec les préceptes islamiques. Pour cela, les professionnels du secteur s’intéressent aux contrats déjà développés dans les pays islamiques, ce sont les assurances takaful. En arabe, takaful signifie se garantir mutuellement. Le principe se rapproche donc du système de mutualité telle que nous le connaissons en France et à l’heure actuelle, les compagnies d’assurance ou les mutuelles pourraient tout à fait développer des produits respectueux des valeurs islamiques.

    Il est d’ailleurs important de préciser que ces produits ne sont pas uniquement destinés à la communauté musulmane. Les contrats élaborés en Malaisie rencontrent par exemple beaucoup de succès auprès de la communauté chinoise non musulmane, car les valeurs qui régissent ces contrats dépassent le cadre pur de la religion.

    Pourtant, les initiatives en France restent du domaine du confidentiel et de l’anecdotique. Résultat, les écoles de pensée de l’Islam autorisent les croyants à souscrire des produits déjà existants, même si ces derniers ne sont pas entièrement conformes aux lois islamiques, du moins tant qu’il n’y a pas d’alternative. Certaines assurances, comme en automobile ou en habitation sont en effet incontournables, voire obligatoires, contraignant les penseurs de l’Islam à une plus grande tolérance vis à vis de la souscription d’assurance. Une mansuétude qui ne s’applique pas à l’assurance-vie, car cette dernière ne revêt aucun caractère obligatoire. Ce sont avant tout les lois du pays dans lequel les musulmans sont installés qui passent en priorité. Mais il existe un vrai marché porteur, qui même dans les pays islamiques est encore jeune et sur lequel, les compagnies d’assurance et les mutuelles devraient se pencher dans les mois ou les années à venir.


    Laissez votre avis