Indemnisation des victimes des essais nucléaires : manifestation à Tahiti contre une loi jugée insuffisante

La loi que le Parlement s’apprête à adopter sur la reconnaissance des victimes d’irradiation nucléaire a une portée insuffisante, ont estimé élus et associations de Polynésie française qui ont réuni plusieurs milliers de personnes pour manifester samedi à Tahiti.

Un peu moins de 3.000 personnes ont défilé à l’appel des principales communautés religieuses dans la matinée (dans la soirée en métropole), a constaté un correspondant de l’AFP. Conformément aux consignes des partis et des Eglises, les manifestants ne portaient pas de banderoles et ont simplement entonné des chants religieux.

Outre les autorités protestantes et catholiques, la manifestation était soutenue par les trois principales forces politiques : le Tavini de l’indépendantiste Oscar Temaru, le Tahoeraa de l’autonomiste Gaston Flosse, et le To Tatou Aia de l’actuel président autonomiste Gaston Tong Sang, ainsi que de nombreuses associations.

Une délégation du ministère de la Défense est en Polynésie depuis vendredi. Elle se rendra dimanche à Moruroa, puis à Hao, base arrière du Centre d’Expérimentations du Pacifique. Le ministre de la Défense Hervé Morin a pour sa part repoussé son déplacement en Polynésie à janvier.

Quarante-six tirs aériens (1966-74) et 147 tirs souterrains (1975-98) ont été effectués à Fangataufa et Moruroa, à 1.200 km à l’est de Tahiti. La Polynésie a été le principal théâtre des essais français avec le Sahara. Les autorités locales considèrent notamment que les zones définies dans la loi comme ayant subi des retombées radioactives sont trop restrictives.

Le Conseil d’orientation pour le suivi des conséquences des essais nucléaires (COSCEN), qui dépend du ministère de la Santé polynésien, souhaite que “tous les archipels polynésiens fassent partie de la zone géographique concernée, et que toute personne y ayant vécu et atteinte d’une pathologie retenue par la loi puisse bénéficier des indemnisations”. Le COSCEN souhaite aussi élargir la liste des pathologies susceptibles d’être indemnisées.

“On veut nous faire passer cette loi comme solde de tout compte de la dette nucléaire, mais elle n’est pas satisfaisante”, a estimé Unutea Hirshon, élue indépendantiste et militante antinucléaire de la première heure.

Moruroa e tatou, principale association de vétérans des sites nucléaires, demande “un moratoire sur les conséquences environnementales des essais”.

Le projet de loi portant sur “la reconnaissance et l’indemnisation des victimes des essais nucléaires” doit être voté définitivement par le Parlement mardi.

Il prévoit que l’indemnisation concernera les personnels militaires et civils et les populations qui, irradiés, ont développé un cancer. Une liste de 18 maladies a été retenue. L’indemnisation sera évaluée par un comité ad hoc constitué d’experts désignés par l’Etat. Il soumettra son avis au ministre de la Défense qui décidera in fine.

Papeete, 19 déc 2009 (AFP)


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